Rentrée parlementaire. Ce qu’il faut retenir du discours royal
12 octobre 2018
Tahar Abou El Farah (997 articles)
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Rentrée parlementaire. Ce qu’il faut retenir du discours royal

Le Souverain est revenu sur plusieurs points essentiels dans le discours de l’ouverture de la session parlementaire d’automne.

Dans ce discours prononcé devant les deux des deux Chambres parlementaires, SM. Le Roi a abordé le service militaire obligatoire apportant les précisions qui s’imposent après que ce sujet ait suscité un grand débat.

Ensuite le Souverain abordé la question épineuse de l’emploi des jeunes, suggérant quelques voie à explorer par le gouvernement, notamment le secteur agricole qui recèle un fort potentiel en terme d’emploi.

Ce faisant SM le Roi a salué le travail énorme qui a été fait dans ce secteur, avec notamment l’organisation et l’intégration de plusieurs filières. Il a incité le gouvernement à poursuivre ses efforts en le domaine notamment avec la réforme du foncier agricole et la mise en place des conditions d’émergence d’une classe moyenne dans le monde rural.

SM le Roi est également revu sur son appel d’il y a une année à lancer à réflexion sur le nouveau modèle de développement. Certaines initiatives ont déjà été entreprises en ce cens, mais cela reste limité. Le Souverain attend donc des acteurs concernés de présenter des propositions dans les trois mois à venir qu’une commission ad hoc se chargera de réceptionner et synthétiser. Au final et comme autre piste pour le travail des jeunes, surtout les compétences marocaines à l’étranger, SM le Roi a appelé à l’ouverture de certains secteurs, comme la santé, aux étrangers. Mais avant d’aborder ces sujets, le Souverain a de nouveau insisté sur le rôle des partis politiques et la nécessité pour eux de changer leurs méthodes de travail et a appelé à renforcer le soutien que l’Etat leur accorde. Le souverain a également donné ses directives pour la mise en place de nouveaux mécanismes pour canaliser les actions caritatives.

Voici des extraits du discours royal

Des aides supplémentaires pour les partis politiques

Nous sommes soucieux d’accompagner les formations politiques, par une incitation à rénover leurs méthodes de travail dans le but de rehausser la performance des partis et, in fine, d’améliorer la qualité des législations et des politiques publiques.
A cet effet, Nous appelons à une augmentation du soutien public accordé aux partis, en veillant à ce qu’ils en allouent une fraction aux compétences qu’ils mobilisent pour des missions de réflexion, d’analyse et d’innovation..

Pour que les initiatives caritatives mieux organisées

Nous veillons à raffermir ces liens indéfectibles (NDLR. Les liens d’unité et de cohésion entre les Marocains) qui unissent les Marocains depuis toujours. Pour cela, Nous nous attachons à adopter des politiques sociales efficaces, à faciliter et encourager toute initiative solidaire, à quelque niveau que ce soit.
A cet effet, Nous appelons à une simplification des procédures susceptibles d’encourager les différentes formes de dons, d’actions bénévoles et d’œuvres caritatives et d’appuyer initiatives sociales et entreprises citoyennes.
Il convient aussi de mettre en place de nouveaux mécanismes susceptibles de renforcer la contribution du secteur privé dans la promotion du Social, et de l’inciter à prendre une part active dans l’amélioration des prestations offertes aux citoyens. Cette contribution doit se faire aussi bien dans le cadre de la Responsabilité Sociétale des Entreprises qu’à travers le lancement de Partenariats Public-Privé dans le domaine social.

Service militaire, pour renforcer l’appartenance nationale

En effet, le service militaire renforce le sentiment d’appartenance nationale.
Il permet aussi de bénéficier d’une formation et d’un entrainement qui offrent des opportunités d’insertion socio-professionnelle aux conscrits capables de faire valoir leurs compétences, leur sens de l’engagement et des responsabilités.
A cet égard, il faut souligner que tous les Marocains concernés par le service militaire, sans exception, sont égaux en la matière et ce, indépendamment de leur classe sociale, de leurs diplômes et de leur niveau d’instruction.

Emploi des jeunes : la formation professionnelle un levier d’insertion

Parce que la promotion de l’emploi des jeunes est placée au cœur de Nos préoccupations, Nous estimons que de nombreux domaines peuvent contribuer à créer un plus grand nombre d’opportunités d’emploi.
A cet égard, la formation professionnelle constitue un levier essentiel, à la condition, toutefois, qu’elle fasse l’objet de toute l’attention requise, et qu’un contenu et un statut nouveaux lui soient accordés en tant que filière prometteuse.
Pour cela, il convient de tendre de nouvelles passerelles entre la formation professionnelle et l’enseignement général en veillant à les articuler dans le cadre d’un système harmonisé et cohérent, où formations théoriques et stages pratiques en entreprise se complètent et s’équilibrent.

L’agriculture : secteur pourvoyeur d’emplois

Outre la formation professionnelle érigée en levier d’insertion dans la vie active, le secteur agricole peut être un pourvoyeur d’emplois plus performant et un instrument plus efficace pour assurer de meilleures conditions de vie et d’établissement en milieu rural.
Voilà pourquoi Nous appelons à une consolidation des acquis réalisés dans le domaine agricole et à la création de nouvelles activités génératrices d’emplois et de revenus, notamment en faveur des jeunes en milieu rural.
Notre finalité est de favoriser l’émergence d’une classe moyenne agricole, d’en consolider l’ossature pour qu’en définitive, elle puisse exercer sa double vocation de facteur d’équilibre et de levier de développement socio-économique, à l’image de la classe moyenne urbaine et du rôle clé qui lui est dévolu.
Nous avons conscience du morcellement croissant des terres agricoles et de son corollaire immédiat : la faible productivité. Nous savons aussi que l’attachement des jeunes à la valorisation de leur terre reste tributaire des opportunités d’emploi qui leur sont offertes.

Des pistes innovantes

Aussi, Nous orientons le gouvernement pour qu’il mette au point des dispositifs innovants, propres à inciter les agriculteurs à adhérer davantage à des coopératives et groupements agricoles productifs, à suivre des formations en matière agricole.
Parallèlement, Nous appelons à ce que soit renforcé et facilité l’accès des investisseurs au foncier, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises. Outre le relèvement des niveaux de production et de rentabilité, cette mesure est de nature à favoriser la création d’emplois, à préserver la vocation agricole des terres concernées.
Par ailleurs, une réflexion doit être engagée sur les meilleurs moyens à mettre en œuvre pour rendre justice aux petits agriculteurs, particulièrement en ce qui concerne la commercialisation de leurs produits, et la lutte vigoureuse contre les spéculations et la multiplication des intermédiaires.

Pour une réforme du foncier agricole

D’un autre côté, la mobilisation des terres agricoles appartenant aux collectivités ethniques pour la réalisation de projets d’investissement agricole, constitue un levier fort pour améliorer globalement le niveau de vie socio-économique, et plus particulièrement celui des ayants droits.
Une telle mesure permettrait de mobiliser pas moins d’un million d’hectares supplémentaires de ces terres. Ainsi, à l’instar de ce qui a été fait en matière d’appropriation des terres collectives situées dans les périmètres irrigués, il est désormais indispensable d’instituer les dispositifs juridiques et administratifs adéquats pour étendre le champ d’application du processus d’appropriation à certaines terres bour (non irriguées), et ce, dans l’intérêt bien compris des ayants droits.
Cette opération doit répondre à des critères bien définis alliant, d’une part, l’exigence de garantir la réalisation effective des projets et, d’autre part, la nécessité de circonscrire la fragmentation excessive des exploitations agricoles et d’assurer l’accompagnement technique et financier requis.

Ouvrir le secteur de la Santé aux compétences étrangères

Dans la même visée de promotion de l’emploi, Nous appelons à examiner la possibilité que certains secteurs et professions, non autorisés actuellement aux étrangers, comme la santé, soient ouverts à des initiatives de qualité et à des compétences de niveau mondial, à condition qu’elles contribuent à un transfert de savoir-faire au pays et à la création d’emplois adaptés aux potentialités de la jeunesse marocaine.
Cette orientation est corroborée par l’intérêt croissant à investir dans notre pays, manifesté par bon nombre de cliniques et d’institutions hospitalières mondiales, réputées pôles d’excellence.
Au terme de leur formation à l’étranger, certains étudiants préfèrent rester sur place, attirés par les avantages alléchants qui leur sont offerts. A cet égard, l’initiative que Nous proposons est de nature à créer les conditions favorables pour amener les compétences marocaines à rentrer travailler au pays et y donner le meilleur d’elles-mêmes. Elle favorisera aussi une concurrence saine et positive qui aura pour effet, à terme, d’améliorer la qualité des prestations.

Modèle de développement, trois mois pour du concret

De cette tribune, J’ai appelé l’année dernière à une réévaluation du modèle de développement national et à l’élaboration d’une nouvelle approche, centrée sur la satisfaction des besoins des citoyens, apte à réduire les disparités et les inégalités existantes, à instaurer la justice sociale et territoriale, à suivre, en les intégrant, les évolutions de l’environnement national et international.
Dans le prolongement de cet appel, certaines institutions et instances concernées, ainsi qu’un nombre d’acteurs et de compétences au niveau national, ont pris la louable initiative de préparer des contributions et d’élaborer des études en la matière.
Pour Notre part, Nous nous sommes attaché, à travers les initiatives et les réformes lancées par Nos soins, cette année, à poser des jalons et à tracer des lignes directrices.
Nous avons également imprimé un nouveau souffle en mettant notamment l’accent sur les questions d’extrême urgence et, qui plus est, jouissent d’un consensus national, comme l’éducation et la formation, l’emploi et les problématiques de la jeunesse, ainsi que les programmes de soutien et de protection sociale.
Il est dans l’ordre des choses qu’un temps suffisant soit consacré à la réflexion et au dialogue autour de cette question, au reste, cruciale pour le devenir du Maroc.
Néanmoins, Nous estimons que cet important chantier a atteint un stade de maturité tel qu’il convient d’activer la présentation des différentes contributions dans le courant des trois prochains mois.
A cet égard, Nous avons décidé de confier à une commission ad hoc la responsabilité de collecter, d’agencer et de structurer les contributions et d’en élaborer les conclusions et ce, dans le cadre d’une vision à portée stratégique, globale et intégrée.
La commission devra soumettre à Notre Haute Appréciation le projet du nouveau modèle de développement, en spécifiant les objectifs fixés, les leviers de changement proposés et les mécanismes de mise en œuvre retenus.