Mohamed Guerbouzi toujours sous  protection britannique
30 avril 2004
Houda Filali Ansary (267 articles)
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Mohamed Guerbouzi toujours sous protection britannique

Malgré son implication dans les attentats de Casablanca et de Madrid et
sa condamnation à vingt ans de prison au Maroc, la Grande-Bretagne refuse
d’extrader Mohamed Guerbouzi.
Il n’est pas le seul dans ce cas, Abou Hamza et Abou Qatada sont également
protégés par Londres.

Résidant en Grande-Bretagne depuis 16 ans, Mohamed Guerbouzi mène une vie ordinaire et tranquille en compagnie de sa femme et de ses six enfants, en dépit des fortes suspicions qui pèsent sur lui. Interrogé à Londres par les services secrets marocains et britanniques, il se dit innocent et affirme ne rien avoir à cacher. Selon lui, c’est son attitude critique envers le gouvernement marocain et des démêlés avec une personne haut placée qui ont causé ses problèmes avec la justice. Vivant d’un commerce (importation) de vêtements et des 1 000 livres mensuelles (environ 16 000 dirhams) d’allocations versées à son épouse, Guerbouzi est un homme libre en Grande-Bretagne.
Cet ancien «afghan» marocain est accusé d’avoir participé, au début des années 1990, à la création du Mouvement islamique marocain, ancêtre du Groupe islamique marocain combattant (GICM), dont plusieurs cellules seraient installées en Europe, y compris en Grande-Bretagne. Son programme ? Instaurer une république islamique au Maroc. Le groupe aurait bénéficié du soutien financier d’Al Qaïda et serait mêlé aux attentats de Casablanca (16 mai 2003) et de Madrid (11 mars 2004).
On a accusé Mohamed Guerbouzi d’être le chef du GICM, Jamal Zougam, l’autre Marocain lié aux attentats de Madrid, n’ayant pas la capacité d’organiser une opération d’une telle ampleur. L’attention générale s’est ensuite tournée vers Abdelkrim Mejjati, aujourd’hui l’objet d’un mandat international. Pourtant, quelques semaines avant les attentats de Madrid, Jamal Zougam aurait contacté plusieurs Maghrébins du nord de Londres, dont Guerbouzi, dans le dessein de se procurer des fonds et un soutien logistique.
Autre ombre sur les déclarations d’innocence de ce dernier : ses liens avec Abou Hamza, alias Mustapha Kamil, un autre ancien d’Afghanistan réclamé par la justice yéménite pour ses liens avec l’attaque de l’USS Cole. Imam de la mosquée de Finsbury Park – tristement célèbre pour avoir compté, parmi ses fidèles, des personnages tels que Richard Reed ou Zacarias Moussaoui -, il est connu pour la teneur extrémiste de ses discours qui ont amené le Conseil musulman de Grande-Bretagne à lui interdire de prêcher. Abou Hamza, qui fait l’objet d’un mandat d’extradition du Yémen, a failli perdre sa nationalité britannique pour incitation au terrorisme. Son avocate, Muddassar Arani, défend également Guerbouzi.
Terroristes ou réfugiés ?
Pourquoi Guerbouzi n’a-t-il toujours pas été extradé ? Selon un représentant de Scotland Yard contacté par nos soins, Guerbouzi possède la nationalité britannique. Et il n’existe pas de traité d’extradition entre le Maroc et le Royaume-Uni. De plus, les preuves avancées contre lui seraient insuffisantes. Mais est-ce la seule raison ?
Pendant des années, la législation en matière de droit d’asile a attiré beaucoup de réfugiés politiques en Grande-Bretagne, notamment des islamistes. Parmi eux, un grand nombre de militants venus du Maghreb et du Moyen-Orient. Selon certains médias, ils bénéficieraient d’un traitement de faveur pour que l’on puisse mieux surveiller leurs activités ; une information que les autorités démentent. Pourtant, des cas comme ceux de Guerbouzi ou de Abou Hamza vont dans le même sens, et ils ne sont pas les seuls. Celui de Abou Qatada mérite l’attention.
Cet autre proche de Guerbouzi, réfugié au Royaume-Uni en 1993 après sa condamnation pour activités terroristes en Jordanie, est soupçonné d’avoir recruté de jeunes musulmans pour Al Qaïda, dont Zacarias Moussaoui et Djamel Beghal, un Algérien. Il a été arrêté à Dubaï en 2002, après une cavale de dix mois entamée à la veille du passage au Parlement de l’«Anti Terrorism Crime and Security Act».
Passée en 2001, cette loi permet le jugement d’un accusé dans des circonstances exceptionnelles : l’accusé peut être jugé même si ni lui ni son avocat ne sont mis au courant de l’ensemble des preuves réunies contre lui. De plus, ces jugements sont secrets, inaccessibles au public et à la presse. Abou Qatada a fini par être arrêté en octobre 2002. Depuis, il est en prison, sans jugement.
Pourquoi ne pas l’extrader? Des responsables européens haut placés expliquaient à la revue Times, en mars dernier, que «les Britanniques y gagnent car, en dehors du problème que pose sa nationalité, il craignent des représailles de la part d’Al Qaïda. La présence d’Abou Qatada contredit donc le soutien de Londres à la guerre au terrorisme». Il en est de même pour Mohamed Guerbouzi. Ainsi, le refus des Britanniques d’extrader Guerbouzi ne s’explique pas seulement par des raisons juridiques et techniques.
La Grande-Bretagne paie aujourd’hui le manque de cohérence de sa politique en matière d’accueil des réfugiés