Alerte phénomène :  un Cheb qui détonne
11 février 2019
Fadwa Misk (397 articles)
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Alerte phénomène : un Cheb qui détonne

Parachuté de nulle part, il y a deux mois, celui qui se fait surnommer Cheb bat les records de vue sur YouTube, grâce à ses chansons insolites. Parolier talentueux, musicien intuitif, Nabil Elamraoui est un jeune artiste à suivre de très près.

Rien ne nous surprend plus sur la Toile. Ni les pleurs surfaits, ni les clashs contrefaits, ne semblent émouvoir ou interpeller. La recette du succès YouTube et réseaux sociaux est désormais connue de tous. Même revisitée au gré du chef du jour, assaisonnée de quelque ingrédient nouveau, l’arrière-goût demeure inchangé, monotone. Pourtant, c’est dans cette fadeur générale que l’on est ouvert et prêt à se laisser tenter par la différence. Et lorsque les premières chansons de Cheb tombèrent sur la toile, le succès en fut immédiat.
Visage jeunot, petite moustache et regard farceur, un jeune homme s’accroche à son instrument à cordes, guitare, oud ou loutar, dans un plan serré hypnotisant. Cheb, qui change de nom au gré de la chanson du jour, nous livre ses chansonnettes ludiques, mais engagées et intelligentes, accompagnées de sons buccaux et d’expressions musicales grattées dans le patrimoine marocain. Car Cheb est féru de patrimoine musical du Maroc, de toute évidence.

Rebelle et trublion

Décidément, il est difficile d’imaginer Cheb autrement que ce jeune homme rebelle, originaire d’Oulmès qui a entamé sa licence en lettres allemandes, puis a changé pour l’ISADAC, avant d’en être viré quelques mois avant le diplôme pour délit d’impertinence. Nabil Elamraoui, ainsi se nomme-t-il dans la vraie vie, s’est alors accroché à ses amitiés de l’institut pour continuer à professer le théâtre. Doué d’un don inné pour jouer des instruments à cordes, il rejoint en résidence à l’Institut Goethe, le jazzman Othmane Khalloufi qui lui offre l’une de ses premières scènes. De 2013 à 2018, il a tour à tour rejoint Dahawassa, Dabathéâtre, Nabil Mansouri, pour la pièce Fikom Fikom, a joué de l’oud dans les premiers spectacles de Kabareh Chikhate, puis a participé à une résidence à l’Institut français, en jouant de l’oud avec une compagnie bordelaise.
Aujourd’hui c’est à Bordeaux que le jeune homme vit et compose, en attendant de rejoindre une troupe de théâtre ou de trouver un producteur pour sa musique, dont le succès l’étonne lui-même. Trois des chansons diffusées sur sa chaîne YouTube et sa page Facebook sont anciennes. Les huit autres ont été écrites dans les deux mois de décembre et de janvier. Militantes ? «On peut dire qu’elles sont engagées d’une certaine façon, mais sans agressivité et avec humour. C’est ma façon personnelle de voir les choses et d’appréhender la situation sociale au Maroc», explique Nabil.

Des sons de partout

Dans sa musique, l’on retrouve ses influences diverses. Du chaabi au raï, en passant par l’empreinte du mythique Rouicha. Il adore Ziad Rahbani, le pianiste arménienTigrane Hamasyan, comme le vieux rock des Arctic Monkeys, Abdelhalim Hafed ou la scène underground arabe et même l’oriental commercial. C’est ce qui explique son style, à la fois accessible et insaisissable, qui le rend inclassable.
En à peine deux mois sur la Toile, il réalise plus de deux millions de vues sur ses seules pages officielles. Ses vidéos reprises sur des pages plus connues affichent des chiffres plus importants. Contacté et encouragé par des artistes confirmés, Nabil Elamraoui est amené à enregistrer ses morceaux qui ont tout pour devenir des succès d’antenne, pour peu que l’on soutienne son art qui tranche avec le mainstream.

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