Travail des étrangers : Questions à Ali Serhani, Consultant associé du cabinet Gesper Services

«Certaines entreprises profitent encore de la faille dans le code du travail pour ne pas indemniser les salariés étrangers».

La Vie éco : Le nombre de travailleurs étrangers ne cesse d’augmenter d’année en année, êtes-vous souvent sollicité pour ces candidats ?
Effectivement, depuis quelques années déjà, le travail des étrangers n’a cessé de croître. Cette hausse est constatée dans plusieurs secteurs (automobile, aéronautique, l’offshoring…). De par l’attractivité du pays en matière de projets structurants, il faut souligner que les salaires sont devenus de plus en plus compétitifs pour ces étrangers.
En tant que cabinet de recrutement, il nous arrive d’avoir des demandes d’emploi émanant d’étrangers, notamment les Français mais aussi les Nord-américains, les Espagnols ou encore les candidats africains du Sénégal, de Côte d’ivoire…. Pour la plupart du temps, les offres d’emploi concernent des postes d’expertise, notamment dans les domaines des SI, manufacturier, finances…
Certains candidats étrangers sont également sollicités pour leur expérience à l’international, que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe. Pour l’anecdote, nous avons approché une école française installée au Maroc il y a quelque temps pour recueillir des CV de candidats. Nous avons été impressionnés par la qualité des CV de ces candidats qui, pour la plupart, sont étrangers. Difficile dans ces cas de ne pas les proposer à des entreprises clientes.

La procédure de recrutement est-elle contraignante ?
Comme dans de nombreux pays, le recrutement d’un employé étranger obéit à une procédure rigoureuse. Dans ce domaine, le Maroc applique la préférence nationale. Ainsi, l’employeur qui souhaite recruter un étranger est tenu de publier via l’Anapec une offre d’emploi dans les médias relative au poste à pourvoir. Si aucun candidat marocain ayant le profil recherché ne se présente dans un délai de 15 jours minimum, l’Anapec délivre une attestation.
Les candidats qui se plient à la règle invoquent parfois sa complexité et sa longueur. Avant l’envoi au ministère de l’emploi d’une demande de contrat de travail dit «d’étranger», l’employeur doit prouver l’absence sur le marché national de profils répondant aux critères demandés. L’employeur doit pour cela obtenir auprès de l’Anapec une attestation dite «Attestation d’activité pour les salariés étrangers».

Beaucoup de salariés étrangers souffrent d’abus en cas de licenciement car ils ne bénéficient d’aucune indemnité, et ce, quelle que soit leur ancienneté. Avez-vous déjà rencontré ce genre de cas ?
Malheureusement, oui. Nous avons eu des cas où des cadres étrangers ont été lésés et qui n’ont pas eu gain de cause auprès de la justice. Certaines entreprises que je qualifie carrément de filous profitent de cette faille pour se débarrasser des candidats sans leur accorder des indemnités. Parfois, ces entreprises ne renouvellent même pas la demande d’autorisation sous prétexte qu’elle ne leur a pas été accordée par les autorités de tutelle. Il nous est arrivé d’arrêter la collaboration avec ces entreprises frauduleuses. Je tiens à préciser toutefois que, que ce soit l’Anapec ou la direction de l’emploi, aucun des deux n’a jamais fait obstacle au travail des étrangers. L’autorisation est donnée d’office si la compétence n’a pas été trouvée localement.

Récemment, un arrêt de la Cour de cassation a donné raison à un salarié étranger. Faut-il s’attendre à ce que la donne change ?
C’est un bon début, mais il est difficile de parler de jurisprudence. Il faut avoir beaucoup de cas pour pouvoir enfin parler de jurisprudence. Toujours est-il qu’il faut encore revoir l’article 516 du code du travail sur l’emploi des étrangers.

A Lire aussi : 

Travail des étrangers : des règles à revoir pour éviter les quiproquos.