Parité dans l’entreprise : entretien avec Sabr Abou Ibrahimi Consultante – membre de la Commission RSE au sein de la CGEM, en charge du volet genre
22 décembre 2017
Brahim Habriche (1965 articles)
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Parité dans l’entreprise : entretien avec Sabr Abou Ibrahimi Consultante – membre de la Commission RSE au sein de la CGEM, en charge du volet genre

Le Maroc perd des places malgré l’article 19 de la Constitution, la prise de conscience des décideurs et la dynamique insufflée au plus haut niveau. Les entreprises les plus féminisées sont les plus rentables. n Les hommes doivent s’impliquer davantage dans la promotion professionnelle de la femme.

Depuis le temps qu’on parle d’approche genre, de parité et de mixité, où en est-on aujourd’hui ?

Malheureusement, on est encore dans les discours. On décolle très timidement, et ce, malgré l’article 19 de la Constitution, la prise de conscience des décideurs et toute la dynamique insufflée au plus haut niveau du pays. Le Maroc perd des places chaque année au niveau du classement en termes d’approche genre par le Worl Economic Forum.

Les chiffres sont têtus, après avoir maintenu notre médiocre scoring pendant près de 10 ans, la parité s’est creusée entre femmes et hommes. Le Maroc occupe aujourd’hui la 136e position, ce qui le place parmi les pays les plus inégalitaires de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (source: Rapport du Forum Economic mondial, WEF).

La réalité est là, on en parle beaucoup, la sphère économique en est consciente, d’autant qu’aujourd’hui la présence de la femme dans le milieu professionnel peut se chiffrer. Plusieurs études ont été réalisées dont celle concernant les entreprises cotées au CAC 40 en France. Elle a montré que lorsque l’effectif féminin dépasse 35% dans l’encadrement, on assiste à une croissance de 23% du chiffre d’affaires contre 14% pour celles qui représentaient un taux inférieur.

En bref, les entreprises les plus féminisées sont les plus rentables et la présence des femmes permet au mode de gouvernance de connaître un réel changement. Par conséquent, c’est un véritable levier de croissance pour les entreprises !

Où se situent les résistances ?

La mixité suppose trois parties prenantes : l’entreprise, l’homme et bien évidemment la femme. L’entreprise a compris aujourd’hui que pour rester compétitif et répondre aux standards internationaux, il existe des normes, mais également des labels dont le label RSE de la CGEM. Sur les onze critères de scoring du label, l’axe genre permet aux entreprises de prendre conscience du travail effectué et des efforts encore à fournir !

Mais là où il reste encore du travail à faire, où il faut innover en termes d’approche, c’est auprès de la femme même car elle reste encore son propre obstacle.

Près de 100 000 femmes actives (chiffres de la Banque mondiale) se reconvertissent annuellement en femmes au foyer.

Plus récent. En 2015, l’Agence japonaise de coopération internationale(JICA) a fait une étude sur la participation des jeunes femmes au marché du travail au Maroc. Ce sondage a mis en évidence la perception qu’ont les jeunes femmes du travail en entreprise. On retiendra que 30,34% des femmes inactives estiment qu’elles ne peuvent travailler et se consacrer à leur ménage et privilégient de s’occuper de leur foyer (dont 37% ont fait des études supérieures) et 54% des Marocains, pêle-mêle, pensent que les hommes font de meilleurs managers que les femmes.

La société exerce aussi une pression et constitue un facteur de résistance culturelle.

Toutefois, beaucoup d’initiatives ont été réalisées pour encourager les femmes, dont celle initiée par la SNI et Engie pour la femme manager de l’année. Faire émerger des femmes, mères de famille et qui réussissent dans leur parcours professionnel est important, ainsi que faire émerger des modèles qui ressemblent à Mme «tout le monde».

Le genre n’est pas une approche pour les femmes par les femmes. Les hommes doivent s’impliquer davantage, c’est autant la féminisation que la mixité qui sont facteurs de performance !

LA CGEM a initié le projet «Wad3yati» sur le genre en 2014. Quelles sont les conclusions de cette étude ?

Le projet «Wad3yati», lancé à travers la Commission Responsabilité sociale des entreprises & labels de la CGEM avec Management systems international (MSI), a été retenu dans le cadre d’un appel à projet international lancé par le Département d’Etat américain du travail (USDOL) pour le Maroc sur une durée initialement de 3 ans (2014 – 2016) prolongée finalement jusqu’ à fin 2017. Ce projet a pour objectif de développer une boîte à outils didactique pour l’auto-évaluation et l’accompagnement des entreprises, en matière d’égalité de genre. Pour cela, Wad3yati propose d’accompagner les entreprises dans la réalisation d’un diagnostic genre de gestion de leurs ressources humaines et de leurs pratiques, ainsi que l’élaboration et la mise en œuvre de plans d’action pour l’égalité de genre. Ce projet a apporté une expertise et une assistance technique auprès d’une vingtaine d’entreprises. Certaines bénéficiaires du label RSE de la CGEM, mais également aux entreprises non labellisées, tous secteurs confondus.

A ce jour, plusieurs plans d’action sont mis en place et cela demande du temps, nous avons des premiers résultats assez parlants, et de belles actions qui ont été mises en place. Nous avons déjà une multinationale installée au Maroc qui a fait de son expérience Wad3yati, un business model en matière du genre et le duplique à travers ses filiales en Afrique.

Par ailleurs, le gros atout est que nous développons une plateforme qui mettra, à la disposition des entreprises membres, un outil pour faire son propre audit genre. Et, enfin, un élément non négligeable, c’est un recueil des meilleures pratiques collectées au niveau des entreprises nationales, mais également internationales en matière de genre.

L’étude sera finalisée à la fin du premier trimestre 2018 et nous ne manquerons pas de revenir là-dessus pour partager les principaux enseignements.

Mots-clés CGEM
Brahim Habriche

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