On confond trop souvent diplômes  et compétences
12 novembre 2004
Brahim Habriche (1973 articles)
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On confond trop souvent diplômes et compétences

Les entreprises familiales et, paradoxalement, les multinationales sont plus ouvertes à ces profils.
L’instauration d’un système de validation des acquis peut briser le carcan dans lequel les autodidactes
sont enfermés.

La compétence, l’entreprise ne la voit très souvent qu’à travers le diplôme. Pourtant, il est possible d’être talentueux sans avoir usé ses fonds de culotte sur les bancs de l’école. Le complexe du diplôme reste vivace. Mais il y a des moyens d’y remédier. Les explications de Essaïd Bellal, administrateur-directeur général du cabinet Diorh.

La Vie éco : Les entreprises de la place offrent peu de chances aux non diplômés d’accéder à des postes de responsabilité, alors que ce n’est pas le prestige d’une école qui garantit la performance d’un manager. Comment expliquez-vous cette situation ?
Essaid Bellal : Aujourd’hui, les autodidactes souffrent encore du complexe du diplôme. Autrement dit, ils sont sous-estimés dans notre environnement, non pas parce qu’ils sont dépourvus de diplômes mais parce qu’on a toujours surestimé les diplômés. Pourtant, on peut trouver d’excellents autodidactes plus compétents que des cadres diplômés. Dans un tel environnement, ils n’ont pour alternative que de se mettre à niveau à travers une formation diplômante ou se mettre à leur compte.

Vous évoquez la formation diplômante comme moyen efficace. Ne peut-on pas aussi évoquer la validation des acquis pour ouvrir l’accès à des postes de direction ?
Evidemment, la validation des acquis est toujours possible. En France, le système a fait ses preuves. Malheureusement, on en est encore loin au Maroc. On ne donne pas encore aux non diplômés la possibilité de certifier leurs compétences. Par exemple, j’ai rencontré, il y a quelque temps, un candidat qui a le niveau bac mais qui possède un énorme potentiel. C’est un candidat qui aurait pu prétendre à un niveau Bac + 4 ou 5 si on lui avait offert la chance de reconnaître ses acquis. Cela dit, je tiens à préciser un élément important : par la force des choses, et vu l’environnement changeant dans lequel nous vivons, nous serons tous amenés à devenir des autodidactes. On ne s’en rend pas encore bien compte mais ça viendra.

C’est-à-dire…
Les cadres doivent aujourd’hui rester attentifs à leur environnement. Les compétences seront de plus en plus recherchées, que vous soyez diplômé ou pas. Dès lors, l’apprentissage personnel deviendra de plus en plus une clé de réussite. Il m’est arrivé un jour de discuter avec un manager américain qui souhaitait recruter un cadre supérieur. Je lui ai demandé de quel type de lauréat il avait besoin. Il m’a répondu tout simplement qu’il recherchait des compétences précises et non pas un diplôme. Comment définir alors ces compétences? C’est tout simplement le savoir-agir. C’est cette possibilité de régler un problème particulier à un moment particulier. C’est aussi cette volonté permanente de développer ses capacités à chaque fois sans toutefois recourir à des diplômes mais par des lectures personnelles, l’expérience, l’affrontement, les erreurs… Les grands patrons autodidactes ont toujours pour trait cette envie d’entreprendre, d’apprendre et d’innover constamment. C’est leur force.

Vous arrive-t-il de proposer des autodidactes à vos clients ?
L’autodidacte a encore du mal à se faire recruter. Comme je l’ai souligné précédemment, l’idolâtrie pour le diplôme est encore une spécificité locale. Dans le secteur public, ne parlons pas du fait que les cadres sont régis par un règlement statutaire. Un autodidacte doit vraiment faire ses preuves pour intéresser l’entreprise. Il m’est arrivé de les proposer à certains clients, mais cela reste tout de même exceptionnel. Je précise encore une fois que la validation des acquis permettra à un bon nombre de candidats de s’intégrer plus facilement dans le monde du travail. A défaut, comment peuvent-ils se vendre ?
Je dirai que la difficulté d’un bon autodidacte réside déjà dans l’environnement dans lequel il peut s’épanouir. Il doit en général commencer avec un salaire en dessous de ses capacités parce que l’entreprise, au départ, ne connaît pas ses compétences. Elle n’a qu’un seul référentiel d’évaluation : le diplôme. Il faut donc qu’il accepte ce que l’entreprise reconnaît comme valeur et comme compétence. C’est à lui, par la suite, de faire ses preuves, à condition de choisir la bonne entreprise. Beaucoup de managers ont pu réussir en commençant très bas. Malheureusement, leur réussite n’a pu se faire que dans de grandes multinationales mais pas dans les entreprises nationales.

Les portes ne sont cependant pas fermées de manière hermétique. Il y a des entreprises qui voudraient bien les recruter…
Effectivement, ils ont une chance de réussir dans les entreprises, mais pas n’importe lesquelles. Souvent, les structures familiales offrent des opportunités à ces profils. Dans certaines PME également, on retrouve des autodidactes à des postes de responsabilité. Mais je précise qu’ils ne sont pas appréciés à leur juste valeur.

«Il m’est arrivé un jour de discuter avec un manager américain qui souhaitait recruter un cadre supérieur. Je lui ai demandé de quel type de lauréat il avait besoin. Il m’a répondu tout simplement qu’il recherchait des compétences précises et non pas un diplôme. Comment définir alors ces compétences? C’est tout simplement le savoir-agir.»

Essaïd Bellal Administrateur- directeur général du cabinet Diorh
Les grands patrons autodidactes ont toujours pour trait cette envie d’entreprendre, d’apprendre et d’innover constamment. C’est leur force.

Brahim Habriche

Brahim Habriche