Rebondir à cinquante ans, c’est possible !

Il est important d’être solide physiquement et psychologiquement pour se remettre en selle. Se mettre à son compte suppose des idées claires et un projet viable.

Le recrutement a parfois aussi ses diktats. A 45 ans et plus, trouver un emploi relève du parcours du combattant. C’est le cas de Souad B., licenciée en 2017, àprès 25 ans de carrière. Elle a bien du mal à retrouver un emploi. Cette assistante de direction, âgée de 52 ans, n’a pourtant rien négligé depuis son inscription à l’Anapec : bilan de compétences, formation diplômante de BTS ou encore des missions d’intérim de télévendeuse.

«Malgré des prétentions salariales raisonnables, les recruteurs cherchent toujours à guetter la moindre faille pour ne pas retenir votre candidature: méconnaissance d’un logiciel particulier, la non-maîtrise d’un français parfait ou encore l’absence d’une langue étrangère…», dit-elle. Heureusement, elle a réussi à décrocher un poste de coordinatrice dans une association, là où on est moins regardant sur les questions d’âge. Rebondir est donc toujours possible. De l’avis de Mouna Sqalli, coach certifiée et DG du cabinet Coach2win, «un travail est à faire sur le changement de la perception des seniors. Ces actifs en maturité sont parfois à mi-parcours de leur carrière. Pour faciliter la mise en place d’un changement, un senior doit pouvoir faire des choix qui ont du sens».
Le plus souvent, certaines personnes se mettent à leur compte, ce qui est loin d’être une sinécure. On en a vu qui ont claqué leur pécule de départ dans des investissements hasardeux ou se sont fait flouer par leur partenaire. Comment éviter les pièges? Rebondir sur de nouvelles bases suppose d’abord un effort physique et psychologique.

Certains ne prennent pas le temps de faire face aux difficultés passagères

«Certains managers s’essoufflent rapidement et ne prennent pas le temps de faire face aux difficultés passagères qui peuvent survenir», poursuit la coach. Il est également utile de commencer dans un domaine que l’on maîtrise. Autrement dit, éviter de se lancer dans des activités, tout simplement parce qu’elles paraissent lucratives. Dans ce cas, une mauvaise surprise est souvent en bout de course.
En entreprise, il s’est avéré que les moyens existent aussi pour soutenir cette catégorie à travers le tutorat.
Bref, revivre une nouvelle vie professionnelle c’est possible ! Surtout lorsqu’on a des idées claires et un projet qui tient la route.

«Je continue à recruter des seniors dans différents postes et niveaux hiérarchiques»

La Vie éco : Selon vous, quelle est la perception des seniors au sein des entreprises que ce soit par les collaborateurs ou les managers ?
La culture marocaine, comme d’autres cultures, respecte l’âge et le rend, à tort ou à raison, corolaire à l’expérience, voire à la sagesse. Ce sentiment est en train de changer progressivement. En effet, de par mon vécu au sein des entreprises, j’arrive au constat triste que certains seniors se sentent de plus en plus comme des dinosaures dans des parcs. Ce malaise est induit par plusieurs facteurs dont les croyances et perceptions des nouvelles générations.
Un senior n’a plus cette aura qu’il avait plus facilement dans un passé récent. Le gap intergénérationnel, associé à la nouvelle dynamique de l’entreprise et qui valorise le punch et la performance plus que le chronomètre de l’ancienneté, a mené plusieurs seniors à s’exiler dans des coins isolés où ils trouvent refuge au sein de l’entreprise. J’ai constaté que les seniors se regroupent dans la logique des minorités et se montrent moins conquérants que par le passé.

L’âge est souvent un critère discriminant dans le recrutement des seniors. S’agit-il vraiment d’un stéréotype ou d’une réalité ?
Je suis contre le sexisme tout comme l’âgisme. J’ai entendu plusieurs anecdotes qui vont dans le sens de la discrimination à cause de l’âge. Personnellement, je n’adhère pas à toute forme de discrimination sauf un seul critère : le mérite. Reste aussi à savoir si certains seniors ne sont pas retenus à cause de leur âge ou bien à cause d’autres raisons. Toutefois, il reste évident que les seniors qui souhaitent survivre dans le monde d’aujourd’hui et de demain devraient faire preuve d’élasticité mentale et de flexibilité comportementale. Ils doivent être prêts à accepter le changement. Comme l’a dit Darwin, ce ne sont pas les plus intelligents ni les plus forts qui survivent. Ce sont ceux qui s’adaptent le mieux au changement.
Quant aux stéréotypes, ils existent comme partout ailleurs. Nous devons nous en défaire autant que faire se peut. Certains seniors sont plus jeunes que les natifs des années 2000. Il s’agit de la capacité à se régénérer perpétuellement et à avoir l’humilité d’apprendre, couplée au punch d’entreprendre.
Etre axé sur le passé et les vieilles histoires, exploits et anecdotes ne plaît pas aux jeunes qui n’écouteront que ce qui les branche et non ce qui soulage ou glorifie les seniors. Ces jeunes qui dépassent maintenant les seniors en termes de nombre, de présence et d’occupation du périmètre de l’entreprise ne ressentent aucune gêne à afficher leur point de vue crûment, ou bien honnêtement, pour que je sois plus diplomate à leur égard.

Avez-vous été amené à recruter des seniors ? Si oui, qu’avez-vous apprécié chez ces candidats ?
J’ai recruté et je continue à recruter des seniors dans différents postes et niveaux hiérarchiques. Certains m’ont déçu de par leur rigidité et leur manière unique de faire les choses ; d’autres m’ont agréablement gratifié de leurs performances et dynamisme. La jeunesse est celle de l’esprit. Si les seniors arrivent à la garder intacte, ils partent largement favoris car ils ont l’avantage du recul et de l’expérience dans plusieurs cas.
J’ai recruté récemment un senior dans un poste délicat. Je suis content de lui. Le vrai challenge réside dans le fait de dépasser le décalage horaire dans les fuseaux culturel et cultuel.

Selon vous, quelles sont les formes d’accompagnement qu’on peut proposer à cette catégorie de personnes ?
Naturellement, il faudrait qu’ils acceptent tout d’abord d’être accompagnés. Selon mon humble expérience, un coaching ou accompagnement ou tout simplement un conseil ne sont pas facilement acceptés par une bonne partie des seniors -je ne dis pas tous. Tout dépend de leur souplesse mentale et de leur humilité pour continuer à apprendre et surtout s’adapter à la mouvance que connaît l’entreprise. Dans le public, les choses sont moins difficiles pour eux que dans le privé. Les seniors peuvent toujours y survivre sans fournir autant d’efforts d’adaptation.
Je clôture par une remarque distinctive, celle du grade des seniors. Le plus est qu’ils sont dans des postes de pouvoir, le moins est l’absence de challenge car ils jouissent du pouvoir du poste et se trouvent des donneurs de tempo et d’ordre moins exposés à la nécessité de changer.

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