«Pour une belle fin de carrière, il faut un bon CV et un solide réseau au moment de passer le cap des 45 ans»

De plus en plus, les seniors se voient offrir par l’employeur un espace de réflexion sur leur parcours professionnel et personnel. La réorientation professionnelle chez les plus de 50 ans demande certes plusieurs types d’adaptation.

Pour Mouna Sqalli, coach certifiée et DG du cabinet Coach2win, le parcours professionnel et personnel antérieur représente un facteur de différenciation chez un senior. Il est toujours possible de rebondir , cela suppose d’abord un intense effort physique et psychologique.

Vous accompagnez souvent les seniors à rebondir dans leur vie professionnelle. Quelles sont leurs attentes qu’ils expriment au départ ?
C’est moins l’âge que le parcours professionnel, et personnel, antérieur qui joue comme facteur de différenciation.
Ces «actifs en pleine maturité» confient leurs doutes, leur résignation ou leur frustration face à un marché de l’emploi qui semble les ignorer, des employeurs qui n’investissent plus sur eux, ou pour qui ils sont devenus une charge lourde dans la masse salariale.
Or, l’expertise et la sérénité ouvrent de nouvelles voies.
Ils sont heureusement de plus en plus nombreux à s’offrir ou se faire offrir par l’employeur un espace de réflexion sur leur parcours professionnel et personnel, et sur la construction de nouveaux projets en faisant appel à des coachs. Le résultat du silvercoaching, le coaching des seniors peut être intéressant, stimulant, valorisant, voire franchement dynamisant. Il pourrait très bien s’agir aussi de discuter d’un plan de formation. Faisant partie de la génération X, les seniors sont reconnus pour leurs qualités comme la ponctualité, la fiabilité, le savoir-faire, l’expérience, la capacité de prise du recul, l’efficacité…
En parallèle, ils peuvent aussi être touchés par des préjugés les concernant, dont les plus courants sont l’absence de motivation, la difficulté de se former ou que les seniors sont «dépassés» par les nouvelles technologies…
Les attentes de ces experts seniors, de plus de 45 ans, dits aussi quinquas sont clairement de travailler sur des problématiques personnelles, gestion du stress, reconversion, gestion du changement…
C’est globalement une remise en forme de l’estime de soi. Sans cette confiance en soi, la recherche d’un poste est minée d’avance.

Le coaching va nécessiter une démarche particulière ?
Généralement, on invite les coachés à dresser un inventaire de tous ses succès personnels et professionnels.
Ce coaching professionnel spécifique va permettre au senior de mettre en avant ses atouts et l’aider à supporter et atténuer les stéréotypes dont il pourrait être victime.
L’activité de coaching nécessite des standards de compétences, par une exigence de déontologie et le sens du résultat, car établir une relation de confiance entre le coach et le coaché constitue une étape capitale du processus, qui amène le senior à solliciter une aide et un accompagnement spécifique, à travers un contrat d’intervention. Ce que les seniors attendent à travers ce coaching, c’est un partage d’expertise, une écoute bienveillante, une posture empathique de la part du coach qui va permettre l’expression d’une souffrance liée à la stigmatisation des seniors dans le travail ; l’écoute des difficultés, voire du désarroi de certains seniors (colère, fatalisme…).
Ils attendent d’être compris. Les seniors sont particulièrement attachés à quatre valeurs professionnelles : la sécurité (stabilité de l’emploi), la relation avec leur hiérarchie (travailler sous les ordres d’un supérieur juste et équitable et avec qui on peut s’entendre), la reconnaissance de leur travail, concilier vie personnelle et vie pro.
Le coach ne donne pas de conseils mais favorise l’autonomie de son interlocuteur. Je précise que pour profiter des avantages du coaching, la culture d’entreprise et les valeurs partagées par le management sont essentielles. L’organisation doit être ouverte au changement et agile.

Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent généralement ?
Tout d’abord, des difficultés personnelles à s’adapter, un manque de formation, arriver à développer son leadership. Il s’agit également de la surcharge de travail et les délais stricts, les problèmes de communication, le manque de reconnaissance, les conflits et l’isolement social.
La souffrance liée à des perceptions de la part de leurs managers : tandis que les collègues de travail considèrent en premier lieu les seniors comme des personnes d’expérience, voire des experts, les managers ont tendance à les trouver inflexibles et trop ancrés dans leurs habitudes, qu’ils «n’arrivent pas à suivre». La résistance au changement fait qu’ils ont du mal à s’adapter. Les personnes soumises à une forme de discrimination dûe à leur âge sont plus susceptibles d’être victimes de stress, ou de bore-out, qui provient de l’anglais «to bore» et qui signifie s’ennuyer. Monotonie et ennui accru et continuel peuvent provoquer un stress considérable.

Selon vous, quels sont les principaux besoins en coaching des seniors ?
Licenciement économique, placardisation, perte de pouvoir, de crédibilité dans son entreprise peut conduire le collaborateur senior à un état de souffrance considérable, les stéréotypes, les conflits intergénérationnels, ce qui pousse ces seniors à solliciter notre aide et un accompagnement spécifique. Les besoins spécifiques du coaching des seniors sont motivés par l’absence de motivation, la gestion du stress, le manque d’équilibre vie privée/vie professionnelle, la confiance en soi, l’estime de soi, le changement de poste ou de temps de travail ou encore la recherche de leur place dans l’entreprise, le malaise dû à la perception d’autrui (manager, collègues) ou encore le désir d’une réorientation professionnelle.
Le senior est face à un questionnement fondamental, dans un cycle de vie où l’estime de soi disparaît, où «l’on n’arrive plus à rebondir, où l’on se sent perdu». La connaissance de soi des seniors a un impact sur la réflexion qu’ils peuvent avoir sur eux, la clarté de leur image de soi et la clarté de leur projet professionnel.
Le coach utilise le bilan professionnel et le bilan de compétences qui sont deux outils distincts et qui ont des objectifs très différents. Le bilan de compétences, comme son nom l’indique, se concentre essentiellement sur les compétences professionnelles tandis que le bilan professionnel est une analyse qui a pour objectif une montée des compétences dans la perspective d’une évolution professionnelle. Sont abordés les capacités, les comportements, l’expérience, les préférences…
Le coaching professionnel permet de mobiliser et optimiser les ressources internes à l’entreprise afin d’obtenir de meilleures performances, à travers les formations en soft skills, car la complexité des entreprises détermine des exigences en termes de mixité générationnelle ; la gestion des équipes fait que le besoin en entreprise est exprimé en vue d’améliorer sa qualité de vie professionnelle et in fine, sa productivité et celle de ses équipes.
Avec le silver coaching, c’est l’occasion de s’offrir un espace de réflexion sur son parcours professionnel et personnel, pour la construction de nouveaux projets.
Par exemple, il y a un an, j’ai travaillé avec un coaché sur sa reconversion professionnelle après 32 ans chez le même employeur. Nous avons travaillé ensemble sur un accompagnement à la création d’entreprise. En somme, il s’agit de changer de posture. Souvent, un senior pense de ce qu’«on peut encore faire de lui» alors qu’on lui apprend à connaître ce que lui peut apporter à l’entreprise. La réorientation professionnelle chez les plus de 50 ans demande certes plusieurs types d’adaptation.
Le silver coaching permet d’accompagner ces personnes dans des transitions fondamentales et parfois douloureuses, avec fluidité et efficacité. Car ce coaching dit de transition est déterminant pour être proactif.

A votre avis, quelles sont les solutions idoines pour accompagner les seniors, soit dans leur entreprise, soit à rebondir ailleurs ?
Pour faciliter la mise en place d’un changement, de projets ou d’actions qui sont importantes, aider à faire des choix qui ont du sens pour le collaborateur senior. Accompagner les seniors en entreprise, c’est prendre en compte les valeurs professionnelles des salariés seniors et favoriser le transfert de compétences vers les plus jeunes, pour les seniors qui souhaitent s’investir dans cette activité, ce qui peut renforcer leur motivation et leur satisfaction au travail. C’est aussi favoriser les interactions entre générations qui permet de réduire le stress et améliorer la collaboration. Et pourquoi pas encourager le reverse mentoring à savoir la transmission de connaissances dans les deux sens, entre jeunes entrants et salariés expérimentés,
Il s’agit aussi de développer le tutorat car les tuteurs sont souvent des seniors capables de transmettre une expertise technique et un savoir-être et enfin sensibiliser en interne pour faire évoluer les représentations sociales sur le public senior, auprès des recruteurs, des employeurs, des accompagnateurs, des managers…
Cette phase d’accompagnement se réalise sous forme de séminaires, workshops et ateliers de développement; il permet non seulement de remanier la perception des seniors en entreprise et de désamorcer les clichés existants (car le coaching est un levier dans la gestion des conflits et problèmes intergénérationnels), mais aussi d’améliorer la communication entre les générations et de favoriser une cohésion entre les membres de l’équipe.
Travailler sur l’identification des compétences dites transférables pourra également être mis en valeur sur un projet de reconversion ou de création : sens commercial, vision stratégique, réactivité face à l’imprévu, gestion rigoureuse, efficacité personnelle, management d’équipes, souvent porteur de perspectives inattendues pour le client. Cette réorientation ou reconversion peut être interne ou externe. Encouragé à faire le bilan sur sa carrière, le coaché s’aperçoit qu’il a passé sa vie à courir dans tous les sens pour atteindre des objectifs vains. C’est à ce moment que certains décident de se mettre à leur propre compte et de suivre un plan de formation.
Se mettre à son propre compte permettrait aux seniors de se sentir valorisés, mais aussi de transmettre leur savoir et leur expérience, devenir formateur interne ou externe. Cette issue augmenterait la rentabilité des seniors et permettrait de contrer l’idée que le senior «coûte cher».
Dans le cas d’une recherche d’emploi, lorsque le coaché a regagné confiance en soi et a défini son objectif professionnel, les séances de coaching l’aideront également à retrouver un travail.
En clair, pour s’assurer une belle fin de carrière, mieux vaut avoir un bon CV et un solide réseau au moment de passer le cap des 45 ans. La position qu’on occupe alors est déterminante pour la suite, que l’on poursuive comme salarié ou qu’on se lance dans l’entrepreneuriat.
La quête de soi continue car il s’agit aussi de s’adapter pour continuer à vivre une vie gratifiante. Il est essentiel de se mettre à jour en maximisant le développement de ses connaissances et compétences.
Cette approche permet de restaurer ou de renforcer une posture «positive», faite d’enthousiasme et d’humilité, et de désactiver des comportements négatifs liés à l’amertume ou à l’attente de reconnaissance.

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