Partenariat École/Entreprise : Entretien avec une Enseignante à l’ISCAE

«Les partenariats les plus efficaces sont ceux qui portent sur des petites missions de conseil».

Hayat El Adraoui, Enseignante chercheur à l’ISCAE

La Vie éco : Les partenariats écoles-entreprises se développent de plus en plus. En tant que spécialiste, comment expliquez-vous cet engouement ?
Si on prend les métiers du management comme exemple, il y a une tradition d’apprentissage école-entreprise à travers les stages. Les échanges entre jeunes en formation et professionnels ont toujours existé depuis des années. Il s’agit d’un univers où la mise en pratique des acquis et le travail de terrain prennent tout leur sens. Depuis environ une dizaine d’années, les relations école-entreprise se développent de plus en plus. Cependant, elles restent loin de prendre la forme de contrats d’alternance.
Les managers sont généralement plus ouverts à l’échange au détriment de la culture du « confidentiel ». Celle-ci est en train de se dissiper progressivement grâce aux NTIC, l’importance des nouvelles donnes économiques et les pressions de l’environnement obligeant les entreprises à communiquer davantage.
Sur le terrain, même si les appellations changent (partenariats, échanges, collaborations, conventions…), le cadre réglementaire et juridique reste limité. Ainsi, les démarches engagées résultent souvent d’initiatives d’enseignants ou de managers permettant de rapprocher les jeunes du marché de l’emploi. Sans oublier que l’insertion professionnelle représente un argument vendeur des programmes de formation.

Comment les partenariats école-entreprise se développent-ils au Maroc ?
Le terme de partenariat viendrait du vieux français «parçonier» qui désignait un «copartageant». Il est à l’origine du vocable utilisé depuis un certain temps dans le monde anglo-saxon (partner) pour désigner une forme d’associé.
Dans les années soixante, ce terme a été employé dans le monde de l’éducation et de la formation pour désigner matériellement l’accord juridique qui officialise des rapports entre l’école et les partenaires extérieurs.
En France, il s’agit plus que d’une prise d’initiative. Ce terme implique une politique prônée par les instances de l’éducation nationale afin d’inciter les enseignants à développer des pratiques et des types de relation autres avec les membres de la communauté locale, nationale et internationale. Par conséquent, comment repenser et faire évoluer le métier de l’enseignant ? Dépasser la logique de transmission du savoir aux enseignés et aller vers un rôle de coordinateur qui travaille au sein d’une équipe pédagogique en nouant des réseaux et des liens avec d’autres acteurs dans et en dehors de l’établissement de formation.
Au Maroc, également, le décret n° 2-96-793 du 11 chaoual 1417 (19/02/1997) portant statut particulier du corps des enseignants-chercheurs de l’enseignement supérieur l’indique clairement quand il définit le rôle de l’enseignant (art. 4) : «Les enseignants-chercheurs : établissent des échanges d’informations et de documentations et une coopération scientifique avec les instituts, centres et organismes de recherche similaires nationaux et étrangers, avec les collectivités locales et les secteurs économiques et sociaux; participent à l’encadrement des projets de fin d’études et des travaux de terrain». Cependant, dans la pratique, le management des établissements ne suit pas l’orientation de ce décret et le peu d’initiatives portées par les professeurs reste insuffisant et souvent mal récompensé.

Quels bénéfices a-t-on pu tirer de ces expériences, aussi bien pour votre établissement que pour les entreprises partenaires ? Et quels genres d’exemples avez-vous développé au sein de l’ISCAE ?
n Sur le terrain, les partenariats école-entreprise les plus efficaces sont ceux qui favorisent un travail sur des petites missions de conseil dans lesquelles les étudiants et les professeurs prennent leur part, et celles qui permettent des passerelles entre l’école et le monde extérieur, notamment les employeurs potentiels pour des postes ou pour des stages. A l’ISCAE, en plus des stages, des projets à impact professionnel sont réalisés pendant les études. Ces derniers illustrent concrètement le fonctionnement des partenariats. Ainsi, à l’ISCAE de Rabat, certains DRHs de grandes entreprises ont accepté de vivre avec nous une expérience d’encadrement pour réaliser de vraies missions sur des questions d’actualité sur la GRH. L’intérêt du traitement de ces questions préoccupe au premier rang les DRHs partenaires qui font travailler les étudiants que j’encadre personnellement afin de préparer des livrables d’une qualité qui n’a rien à envier à ceux des grands cabinets de conseil.

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