Les élus locaux iront à  l’école pour combler leur déficit en compétences

Plus de responsabilités, plus de compétences requises, l’exercice du mandat d’élu local est d’une complexité croissante. Efficacité, vision, planification, savoir-être… ce sont là  quelques idées que les élus devront désormais intégrer dans leur esprit.

Dès qu’on parle de décentralisation et de régionalisation, les collectivités locales doivent être dotées d’élites capables de gérer les questions locales. Ces élites ne sont autres que les élus appelés à prendre en mains les destinées de leurs villes et villages. Autant que les managers, ils ont des objectifs à atteindre, des citoyens à servir, une gouvernance à mettre en place, des ressources humaines à diriger et à mobiliser et puis une éthique et des valeurs à respecter. Par conséquent, la formation est plus que nécessaire pour relever ces défis. Abdallah El Jout, élu local et expert RH, précise à ce sujet que les études réalisées à l’échelle internationale ont montré que quatre figures structurent aujourd’hui la mission d’un élu. D’abord il doit être un visionnaire capable de déployer une stratégie pour laquelle les élus, et en particulier le maire ou le président du conseil, constituent des maîtres d’ouvrages.

Ensuite, il doit être démocrate ; c’est-à-dire être à l’écoute des citoyens et des associations et promouvoir l’expression des intérêts, des besoins et des attentes des minorités. L’élu est, en troisième lieu, un technicien en mesure de prendre en charge l’ensemble des activités de pilotage, de réalisation et de suivi des tâches techniques dévolues à la municipalité (ouverture et lecture du courrier, management de projets, management au quotidien des unités administratives…).
Enfin, sa mission consiste à prendre en charge les activités de diffusion d’informations et d’échanges avec des partenaires externes.

Au Maroc, on est encore loin de ces critères. Manque de compétence, déficit de communication, manque de formation… expliquent en effet le déficit d’image dont souffrent beaucoup d’élus.
Pourtant, les actions de mise à niveau ne manquent pas. La Direction générale des collectivités locales (DGCL) avait lancé il y a peu de temps un cycle de formation et visites sur le terrain des formateurs en coopération décentralisée et décentralisation au profit de ses cadres et des élus de différentes régions du Maroc. En coopération avec le programme Artgold PNUD Maroc, avec d’autres partenaires tels que l’Ecole nationale d’administration, l’association Targa et l’Université internationale de Rabat, ces programmes se sont déroulés ces deux dernières années avec l’objectif de renforcer les collectivités locales en matière de planification, de gestion et d’exercice de la maîtrise d’ouvrage.

Ainsi, plusieurs filières professionnelles ont été développées, allant des affaires juridiques, planification stratégique, aménagement de l’espace et mise à niveau territoriale, administration et management d’une collectivité locale, management des services et équipements locaux, animation socioculturelle et sportive jusqu’aux partenariats et coopérations décentralisées. Le problème est que tous les élus, en particulier ceux des zones excentrées, ne profitent pas de ces actions au même niveau. Le chantier de la formation reste donc vaste.

Abdallah El Jout, qui est également coordinateur d’un projet d’université mobile des élus locaux, une initiative visant  à participer activement à la vie politique locale, souligne qu’on peut distinguer deux types de formation. D’un côté, il y a des cycles généralistes comme la comptabilité et précisément les techniques de lecture des documents comptables, la fiscalité et les finances locales, l’aménagement et l’urbanisme, la passation de marchés, le code de la famille, la collecte des ordures, hygiène et sécurité… Sur un autre volet, on a des cycles spécialisés d’approfondissement très axés sur une problématique déterminée ou un domaine particulier, notamment la conduite du changement, l’évaluation des politiques publiques, les dispositifs d’actions et stratégies sectorielles, l’Initiative nationale de développement humain (INDH), la gestion de projets, la délégation des services publics, l’informatisation des services…

Le partage d’expériences entre élus est également formateur

Il n’y a pas que la formation classique. Abdelahad Fassi-Fehri, membre du bureau politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS), chargé de la formation, précise que le partage d’expériences entre élus est également formateur. «Au sein de notre parti, nous avons eu une bonne expérience de démocratie participative dans la gestion de la ville de Tiznit. Nous la citons souvent comme exemple lors des séminaires de formation. Ça permet aux élus d’élargir leurs connaissances».
Mais ce n’est pas tout. Avoir des pré-requis dans la gestion locale est une bonne chose mais elle ne suffit pas. Le savoir-être et le savoir-agir sont nécessaires. De son côté, Rollande Allène, coach qui accompagne des locaux, affirme qu’une tendance
de coaching commence à émerger dans ces milieux même si cela reste timide. «En tout cas, les actions que j’ai menées sont souvent faites
de manière collective, c’est-à-dire que les maires ou les présidents de communes préfèrent toujours associer les collaborateurs directs dans la démarche pour chercher plus d’efficacité», précise-t-elle.
Quoi qu’il en soit, la formation n’est pas un luxe pour un élu. C’est une nécessité, vu l’ampleur de la tâche à laquelle il doit faire face dans un contexte de renforcement de la démocratie locale.