La problématique de l’ego : Catherine Sékou, Coach professionnel et DG du cabinet Chrysalis

Catherine-SekouManque ou excès de confiance en soi, l’ego peut être interprété de différentes manières. Autant il peut être un inconvénient dans une équipe, autant il peut servir comme moteur de créativité. Que cache ce trait de caractère, quels sont ses conséquences, atouts ou inconvénients ? Eléments de réponse avec Catherine Sékou, coach professionnel et DG du cabinet Chrysalis.

Le monde de l’entreprise n’est pas épargné par l’individualisme et autres formes d’égocentrisme, comment qualifiez-vous cette attitude?
Par définition, l’ego, qui vient du latin, désigne généralement une représentation que l’on fait de soi-même. Une personne égocentrique se met généralement au centre de l’attention. D’un point de vue socioculturel, on peut dire que l’ego véhicule la notion du «paraître». Les gens égocentriques ont, dès lors, tendance à véhiculer une image beaucoup plus idéaliste d’eux-mêmes : une belle voiture, une belle maison, un titre ronflant…

Que cache généralement cette attitude chez la personne ?
C’est aussi le manque de confiance en soi chez les individus qui génère un sentiment de peur et de retrait.La problématique de l’ego est présente dans tous les milieux et, généralement, masque des fissures, un mal-être beaucoup plus profond qui, parfois, peut remonter à l’enfance. A l’âge adulte, la personne va être à la recherche de l’amour des autres, parfois de manière négative.

Est-ce un phénomène répandu dans les entreprises ?
C’est assez répandu malheureusement. Je ne dis pas que cela n’existait pas avant notre époque, mais le contexte de crise, certains héritages et un certain style de management favorisant la performance personnelle constituent les ingrédients qui encouragent les attitudes individualistes.
De façon générale, notre société est dominée par la course à la performance. Ceci entretient le culte de la réussite individuelle, poussant l’individu à élaborer des stratégies pour se distinguer dans un milieu concurrentiel.

Quelles sont généralement les conséquences de tels comportements au sein d’un groupe ?
Les conséquences sont multiples. Les conflits d’intérêts l’emportent sur la dynamique de groupe. Il devient difficile de relever les défis, même les moins significatifs. On assiste dès lors au retour du fonctionnement en Silo, à l’opportunisme sans valeurs…
Un ego démesuré peut susciter plusieurs réactions au sein d’un groupe. Autant on peut être dans l’admiration devant une forte tête surtout si on a un problème d’estime de soi, autant on peut être dans le mépris ou le dégoût face à ces personnes.

En tant que coach, avez-vous déjà eu l’occasion de vous occuper de ce genre de personnalités ?
Tout à fait. Dans l’institut de coaching que je co-dirige, nous avons un module sur le développement de l’estime de soi. Forcément, dans ces modules, nous rencontrons des participants qui souffrent de cette problématique, à savoir ne pas pouvoir être constamment bien compris par leur entourage.
Ils apprennent dès lors à prendre conscience de leur comportement à travers les feed-back des autres.
Parfois, les participants à fort caractère ont du mal à accepter les critiques et finissent toujours par créer la zizanie au sein du groupe.

L’entreprise a-t-elle besoin de ce genre de personnage ?
Il en faut forcément. Ce genre de personnes nous poussent dans nos derniers retranchements et nous incitent à prendre conscience de nos émotions. L’ego peut aussi être un moteur de progrès au sein d’une équipe. Parfois, l’admiration pousse les gens à s’identifier à ces personnes, à s’accrocher et à vouloir réussir comme eux.

Qui dit ego, dit donc talent. On le voit notamment dans le monde sportif. Peut-on faire le parallèle avec le monde de l’entreprise ?
Tout à fait ! Le sport de haut niveau pousse souvent les sportifs à développer un ego démesuré. Ils sont souvent conditionnés mentalement à la réussite pour pouvoir se surpasser. C’est pareil dans le monde professionnel où souvent les cadres, notamment ceux qui sont issus des grandes écoles, sont amenés à se challenger en permanence.

De même, les métiers créatifs ont souvent pour mentors des personnes «surdimensionnées mentalement». Sinon, ils seraient noyés dans le conformisme.

Alors, comment un manager peut-il gérer ces fortes têtes ?
Pour un manager, l’essentiel est de donner une attention particulière aux individus égocentriques. Le souci majeur pour un manager est d’avoir une équipe performante, quelles que soient les personnalités et les modes de fonctionnement individuel de chacun.

Chaque manager a pour rôle d’amener ses collaborateurs à rechercher l’excellence, que ce soit sur le plan personnel ou collectivement. Les meilleures équipes mettent en évidence le fait que chaque acteur peut et veut donner spontanément ce qu’il a de meilleur, en sacrifiant une partie de son ego. C’est un exercice de leadership difficile, car en fait cela nécessite une bonne connaissance de soi-même et des autres.