Critiquer est souhaitable mais il faut aussi proposer une solution…

Saïd El Mergaoui
Directeur exécutif dans une société d’édition
«On ne critique pas à l’extérieur comme on le ferait à l’intérieur»
«Il y a deux aspects à considérer. Vis-à-vis du monde extérieur et en interne. En interne, je pense que toute critique est la bienvenue, pourvu qu’elle porte sur le travail ou un comportement lié au travail et ne porte pas atteinte à la dignité des gens. Une telle critique est inacceptable, tout comme est inacceptable le fait de parler des défauts et de la vie privée d’un des collaborateurs. Hormis cela, la critique est bonne à prendre.
Vis-à-vis du monde extérieur, les choses doivent être considérées différemment. Je pense que l’on peut critiquer l’entreprise au sein de laquelle on travaille mais qu’on ne peut se permettre de la dénigrer. Exemple, je ne vois aucun mal à ce qu’un collaborateur dise que l’entreprise au sein de laquelle il travaille ne paie pas bien ses salariés ou n’a pas de politique de ressources humaines, mais qu’il affirme que l’entreprise arnaque son personnel relève du dénigrement. Dans le même ordre d’idées, on ne peut se permettre de dénigrer un supérieur ou un collaborateur devant autrui… à moins que l’erreur commise par la personne soit vraiment patente. Et là encore on doit y mettre les formes. Il y a un esprit de corps à préserver.»

Khalid Daifi
Gérant d’établissement touristique
«Il n’y a que les nombrilistes qui s’opposent à toute critique»
«Chaque organisation a son propre fonctionnement. Les règles peuvent être explicites, c’est-à-dire dictées par un règlement interne, charte de comportement, comme elles peuvent être implicites en naissant de façon spontanée au sein d’un groupe.
Je suis pour la critique au sein de l’entreprise à condition qu’elle soit constructive. Que ce soit pour signaler un mauvais comportement, une désorganisation ou un quelconque dysfonctionnement, il y a toujours la manière pour le faire. On peut toujours s’appuyer sur un fait, un comportement manifesté dans un temps T, pour étayer sa critique. Mais pas de jugement personnel ou subjectif. J’estime également qu’une critique est d’abord une création, une idée, à l’origine, qui peut comporter une valeur ajoutée. Il n’y a que les nombrilistes qui s’opposent en permanence à toute critique.»

Brahim Zriba
Directeur de projet dans une PME informatique
«L’important, c’est de distinguer entre critique et dénigrement»
«Toute critique dans l’entreprise est la bienvenue à condition qu’elle soit constructive. En tant que manager d’équipe, je dois justement veiller à la valorisation de toutes ces idées, tous ces points de divergence et faire en sorte qu’ils soient bénéfiques pour le groupe.
Par exemple, je n’admets ni les «béni-oui-oui» ni les râleurs. Formuler une critique c’est aussi donner la solution. Il faut dire aussi qu’il n’y a pas de limites en matière de liberté d’expression. Tout dépend de la formulation. L’important, c’est de distinguer entre la critique positive et le dénigrement.»

Ali B.
Cadre dans une multinationale
«On m’a obligé à faire le béni-oui-oui»
«Il ne faut pas se voiler la face. La liberté d’expression reste un leurre dans les entreprises. J’ai vécu une mauvaise expérience dans ce sens. J’ai travaillé dans une multinationale où je croyais que des valeurs comme la liberté d’expression avaient un sens ou, au moins, que les différences de point de vue étaient tolérées.
Il n’en était rien. J’ai connu la désillusion lors d’un entretien d’évaluation, où mon supérieur hiérarchique m’a reproché d’être carrément un «opposant». Il fallait rester un béni-oui-oui. En fin de compte, il ne faut émettre de critiques que si mon patron pense la même chose.»