Changer d’emploi, améliorer son salaire : Questions à  Khadija Boughaba, DG du cabinet Invest RH

«Il n’y a pas de changement radical sauf une tendance à  un individualisme plus marqué»

La Vie éco : D’après votre enquête, pensez-vous que les cadres sont optimistes sur leur avenir ?
K.B.: A vrai dire l’année 2014 a été si moyenne, voire insatisfaisante pour la majorité des cadres, qu’on peut penser que le pire est passé. Si l’optimisme est de mise, c’est parce que la majorité des répondants sont âgés de 25 à 34 ans, et donc des jeunes en début de carrière animés d’espoir et d’enthousiasme. Ceci reflète un signe de confiance.  

Quels sont les changements d’attitude par rapport à l’ancienne enquête ?

Globalement, il n’y a pas de changement radical par rapport aux autres années sauf une tendance à un individualisme plus marqué. L’équilibre vie professionnelle et privée ainsi que les conditions de travail sont privilégiés. Ceci s’explique par plusieurs facteurs. Pour bon nombre de cadres, le travail se

prolonge bien au delà des heures de bureau en étant connectés sur leurs PC portables ou joignables sur leurs mobiles. C’est le revers des nouvelles technologies qui font disparaître les frontières de la journée de travail. La pression sur les résultats, de plus en plus élevée, a son impact sur le niveau de stress vécu au travail et sur la vie privée. Par ailleurs, l’enquête fait ressortir quelques faits comme une augmentation de la mobilité externe (17,38%) sans atteindre les niveaux enregistrés antérieurs à  l’année 2009 où plus de 24% des cadres changeaient d’employeurs chaque année et celle des départs négociés qui passe de 0,7% en 2011 à 6,44% en 2014. C’est dire que presque un cadre sur quatre a connu un changement professionnel au cours de l’année 2014. La croissance des départs négociés explique quelque part la conjoncture difficile qu’on a connue ces dernières années.

D’après l’enquête, la quête du bien-être est ce qui est le plus recherché. Comment l’expliquer et que recherchent exactement les cadres?

D’après les témoignages exprimés, le bien-être recherché porte avant tout sur les rapports au travail avec une quête de reconnaissance, de respect, de responsabilisation… A noter que la population sondée (73% des sondés ont un âge compris entre 18 et 34 ans)  représente bien la «génération Y, et ce sont bien là les signes de ses aspirations et de son malaise en même temps. Ces jeunes en pleine effervescence sont déçus du climat de travail qui ne répond pas totalement à leurs attentes et se voient plutôt freinés dans leur accomplissement personnel.

A votre avis, les entreprises apportent-elles une réponse à cette attente ?

Dans le contexte actuel, les entreprises sont plutôt préoccupées par le court terme  et leur survie dans un marché de plus en plus concurrentiel. Le souci de la performance conduit à privilégier les mesures visant la réalisation de résultat immédiat malgré l’intérêt porté sur le capital humain dans un certain nombre d’entreprises multinationales et nationales. On a l’impression qu’un fossé se creuse et qu’un manque de compréhension s’installe entre employeurs et salariés alors que le véritable atout concurrentiel de l’entreprise est son capital humain.
Au même moment, les employeurs déplorent le manque d’engagement de leurs collaborateurs (d’après les résultats de notre enquête «génération Y» en 2014), alors que les jeunes cadres sont en quête de reconnaissance, de respect et de meilleures relations de travail.
Je pense qu’un intérêt tout particulier doit être porté sur cette question pour instaurer un climat de confiance et de meilleurs rapports salariés-employeurs pour l’année 2015.