Ces jeunes qui craquent pour les métiers verts

Recyclage des déchets, sécurité alimentaire et énergétique, construction écologique… de plus en plus de jeunes sont attirés par les métiers verts. Compte tenu des formations encore récentes, bon nombre ont dû se reconvertir pour vivre leur passion.

Les métiers verts font de plus en plus d’adeptes chez les jeunes en cours de formation ou déjà sur le marché. Nombreux sont ceux qui veulent se lancer dans des domaines – salarié ou entrepreneur- comme le recyclage des déchets, la sécurité alimentaire et énergétique, la construction écologique, la mobilité durable, la gestion de l’eau, l’aménagement du territoire… Et c’est loin d’être un effet de mode pour ces jeunes qui placent la question sociale, sociétale et environnementale au centre de leur réflexion entrepreneuriale.

Dans un monde où les problèmes sociaux et écologiques prennent de l’ampleur, les entrepreneurs rivalisent d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de trouver des solutions alternatives. Compte tenu des besoins en matière de profils qualifiés (puisque l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique -AMEE- estime que près de 150 000 emplois devraient été créés dans le secteur de l’efficacité énergétique d’ici 2030), les écoles commencent à peine depuis quelques années à mettre en place des filières dédiées au développement durable.

Alors que ces métiers nouveaux font surtout appel à des techniciens et ingénieurs, bon nombre de ces profils ont dû se reconvertir. C’est le cas par exemple d’Omar Azmi, fondateur d’Eco Oil, start-up spécialisée dans la transformation des déchets plastiques en carburant. Lauréat en économie, il a dû se reconvertir en s’auto-formant dans la pétrochimie. Pour lui, sa passion pour les questions environnementales a fini par gagner.
Il en est de même pour Youssef Chakroun, fondateur de Shems for Lightning, titulaire d’un diplôme d’ingénieur en génie industriel qui a fait de l’éclairage écologique son domaine de prédilection.

L’entrepreneuriat social reste peu lucratif

Bien évidemment, faire sa carrière dans ces nouveaux métiers, surtout en étant entrepreneur social, n’est pas du tout aisé, car l’entrepreneuriat social est certes limité par son aspect peu lucratif. C’est pourtant une façon gratifiante de créer de la richesse non seulement économique, mais aussi culturelle et sociale. «Trouver un business model qui fonctionne, qui soit rentable et social est loin d’être facile», note M. Azmi.

Car, contrairement à d’autres pays, il n’existe pas encore de traitement de faveur ou d’incitations pour cette catégorie d’entrepreneurs. D’où l’importance de mettre en place un statut juridique spécial pour ce profil, à l’instar du modèle anglo-saxon.

Certes, des initiatives existent pour développer ce genre d’entrepreneuriat mais toujours est-il que peu d’entreprises suivent.

Son souhait est de rendre l’éclairage accessible et à moindre coût

Rendre accessible l’éclairage et à moindre coût, c’est le principe des lampes solaires conçues par la start-up Shems For Lighting. Porté par Youssef Chakroune, lauréat de l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique de Mohammédia (ENSET), la start-up a été primée au salon Pollutec à Casablanca, en remportant le prix énergies renouvelables du Global Cleantech Innovation Program en 2018.

Ingénieur en génie industriel et logistique, le fondateur de Shems For Lighting a laissé tomber l’industrie pour se tourner vers les énergies renouvelables.

Et c’est en visitant des régions dépourvues de tous systèmes d’éclairage que le jeune entrepreneur décide de suivre sa voie.
Etant encore étudiant à l’ENSET, il développe l’idée dans le cadre des projets sociaux du programme Enactus en 2015 qui finit par la création de la strat-up en 2016. L’innovation consiste à créer une lampe économique et écologique composée d’une mini-plaque solaire liée à une carte électronique et connectée à une batterie dotée d’une autonomie de 16h, connectée de son côté avec des Leds de faible puissance.

La conception de la carte électrique a été réalisée par les chercheurs de FabLab au Maroc, en collaboration avec la fondation My Shelter aux Philippines et une entreprise de recherche et développement en Chine. Le prix de la lampe est de 220 DH et sa durée de vie estimée entre 2 et 4 ans.
La compétition Cleantech lui a surtout permis de bénéficier d’un programme d’accélération et d’accompagnement personnalisé. «La rencontre puis la collaboration avec notre mentor dans le cadre de ce programme a apporté beaucoup d’amélioration à notre projet, en particulier au niveau du business model. «On privilégie désormais la collaboration avec les associations et coopératives pour une meilleure efficacité», explique Youssef Chakroun. Financement, marketing, technologie, concurrence, tendances du marché, réseaux sociaux, tous ces paramètres ont dû être pris en compte pour entamer le nouveau business model en avril 2017.

Toujours en 2017, la start-up a démarré son premier partenariat avec la coopérative «Al Massira Al Khadra» de Safi pour l’équipement de 200 barques traditionnelles de pêche avec les lampes Shems Bahar d’ici la fin du mois de novembre. Une idée qui pourrait aussi être développée à Souiria et Essaouira.

Le marché de pêche compte en moyenne quelque 500000 barques traditionnelles, le jeune entrepreneur compte équiper pourquoi pas la moitié de ces barques.

La collaboration avec une association, qui travaille avec les nomades vivant aux alentours de Marrakech, a permis également de mettre en place un partenariat pour équiper plusieurs familles.

La start-up ne compte pas s’arrêter là et envisage déjà le développement de son projet en Afrique, en collaboration avec des associations au Sénégal, au Togo et au Ghana.

 

Leur passion pour l’environnement les a poussés à s’auto-former

Leur passion pour l’environnement date d’avant 2012, année où Omar Azmi crée Eco Oil. «La problématique des déchets plastiques m’a toujours fait réfléchir sur comment tirer profit de toutes ces matières organiques. Quand on sait que cette matière provient du pétrole et que 30% de la production mondiale du pétrole sert à la production de plastique, j’ai commencé à réfléchir sur une technologie pour faire inverser le processus, à savoir transformer des déchets en plastique recyclables et non recyclables en pétrole écologique», souligne-t-il.

En 2011, le fondateur expérimente, teste et obtient du carburant conventionnel qui le teste sur sa moto. Chaque kilogramme de déchets en plastique traités donne un litre de pétrole brut composé comme suit: diesel (60%), essence (30%) et kérosène (10%). L’exploit tient presque sa route. En 2012, il fait breveter son innovation et poursuit ses recherches en se faisant rejoindre par Mouhcine Bouayad comme associé dans cette aventure.
Pourtant, les deux acolytes n’ont pas de formation à la base sur les énergies renouvelables mais en sciences économiques. Ils s’auto-forment tous les deux dans le domaine de la pétrochimie et poursuivent depuis leur développement. «Depuis plus de deux ans, nous bénéficions de formations en développement personnel, du mentoring…nous participons également à des compétitions nationales et internationales pour avoir des partenaires», note pour sa part Mouhcine Bouayad.

La start-up obtient plusieurs prix (Prix Pollutec, prix Enactus, prix GIZ ou encore plus récemment le challenge Startuppeur du groupe Total Maroc).
Car pour développer une telle industrie, il faut des équipements spécifiques que les deux partenaires ne trouvent pas localement. «Il faut importer les principales machines et rien que les analyses dans les principaux laboratoires coûtent une petite fortune», poursuit M. Azmi.

Leur objectif à terme, vu qu’il existe une forte demande de carburant, est de nouer des partenariats avec les centres de tri des déchets afin de mettre en place des machines pilotes. Un premier partenariat est déjà conclu avec un centre de tri de Casablanca et d’autres sont en cours d’étude. L’objectif est d’assurer une auto-suffisance en matière de consommation d’énergie.

Leur ambition peut ne pas s‘arrêter localement puisque la problématique est continentale. Dans un avenir proche pourquoi ne pas développer la solution en Afrique.