CDD ou intérim, que faut-il privilégier ?

Les entreprises recourent souvent aux contrats CDD et intérim sans pour autant respecter la durée. Les règles qui s’appliquent au CDD et à l’intérim sont tout à fait identiques avec toutefois quelques nuances.

Contrats à durée déterminée (CDD), intérim, contrats Anapec.Le Contrat à durée indéterminée (CDI) n’est plus la norme sur le marché de l’emploi. Cette forme de flexibilité est venue répondre à plusieurs attentes. Pour les entreprises, il s’agit de réduire la rigidité de leur structure et accompagner les fluctuations de moins en moins prévisibles et maîtrisées de leurs activités. Pour l’Etat, le développement des emplois à durée limitée constitue une réponse indirecte au problème du chômage.

Ces types de contrats sont donc très prisés sans que la loi ne soit toujours respectée par les entreprises, par méconnaissance ou délibérément en essayant d’abuser de la fragilité sociale des demandeurs d’emploi. Mohamed Benouarrek, DRH dans un groupe industriel, tire la sonnette d’alarme en précisant qu’il faut faire attention à la situation provisoire qui peut durer.

Effectivement, que ce soit l’intérim ou le contrat CDD, ces contrats précaires en vogue sont strictement encadrés par le code du travail. Par exemple, l’intérim ne peut être utilisé dans le cadre de l’activité normale et permanente de l’entreprise. Comme pour le CDD, on ne peut y recourir que pour assurer des tâches limitées dans le temps et il faut que ce soit des cas précis. Les règles qui s’appliquent au CDD et à l’intérim sont tout à fait identiques avec toutefois quelques nuances.

En ce qui concerne la durée, celle-ci est d’un an pour le CDD avec la possibilité de renouveler le contrat une seule fois. On peut donc aller jusqu’à 24 mois. Pour l’intérim, la période est de trois mois, renouvelable une seule fois, ce qui ne peut excéder six mois au total. De ce fait, en termes de flexibilité, la durée d’intérim ne répond pas aux besoins du marché. C’est pénalisant aussi bien pour l’entreprise cliente, la société d’intérim que l’intérimaire lui-même. Pour le salarié, le CDD a plus de visibilité que l’intérimaire. Il sait qu’il dispose d’une durée plus ou moins longue sur sa mission.

Les entreprises peuvent très vite faire le choix pour diverses raisons, dont des charges moindres en comptabilité. Alors que le CDD est pour un salarié à part entière pour l’entreprise, l’intérimaire, lui, est un employé pour la société d’intérim. Et donc, l’entreprise est exempte des charges sociales et autres.
Autre avantage pour l’intérim, la souplesse dans les termes du contrat.

La durée plus ou moins longue des missions explique en partie le choix des industriels pour les CDD

Toutefois, l’intérim présente un avantage en matière de souplesse. «L’intérimaire peut à tout moment cesser sa collaboration s’il estime que la mission ne lui convient pas, et ce, sans préavis. Par contre, la loi oblige le CDD à payer le reliquat des mois restants s’il estime toutefois arrêter sa mission avant la fin de la durée convenue», note M. Benouarrek.
«Côté secteurs, les services et principalement l’industrie sont les plus gros pourvoyeurs de ces contrats. En revanche, les banques et assurances le sont de moins en moins pour des volumes plus modestes», note pour sa part Patrick Cohen, DG de Crit Maroc.
Côté profils, informaticiens, assistantes, secrétaires, comptables, télé-opérateurs, agents de production, ouvriers spécialisés, merchandisers…, ce sont généralement les profils demandés sur le marché, que ce soit pour un CDD ou pour un intérimaire. Les CDD sont majoritairement présents dans l’industrie. La durée plus ou moins longue des missions explique en partie le choix, par ce secteur, de ce type de contrat.
Si l’on se situe du côté du salarié, Mohammed Benouarrek reconnaît que le titulaire d’un CDD est mieux loti que l’intérimaire et même le CDI, surtout pour des postes sensibles. «Un profil en CDD peut coûter cher en termes de rémunération qu’un candidat en CDI, encore plus en intérimaire. La durée ponctuelle de la mission y est pour quelque chose, mais aussi la qualité de la prestation».
De même que le titulaire du CDD fait partie intégrante de la société. Il peut notamment bénéficier de certains avantages accordés par l’entreprise au même titre que les CDI (prime de fin d’année, primes de fêtes…).
En ce qui concerne l’intérim, les besoins portent essentiellement sur des profils peu qualifiés ou des activités tertiaires. Alors que l’intérim cadre n’arrive toujours pas à percer, les CDD sont majoritairement des ingénieurs ou des chefs de projets qui travaillent sur des missions plus ou moins longues. Et donc, leur statut au sein de l’entreprise est beaucoup plus apprécié que l’intérimaire.
Ceci dit, l’intérim présente aussi quelques avantages pour le salarié. Généralement, l’agence d’intérim lui confiera rapidement une autre mission une fois celle en cours terminée, alors que le CDD est obligé de repartir à la chasse à l’emploi tout seul. De plus, l’intérimaire est mieux conseillé sur l’entreprise cliente.
Pour cet autre DRH, ces formules sont avantageuses en termes de flexibilité, surtout pendant les périodes de pic. Cependant, les organisations syndicales voient d’un mauvais œil leur développement. «Ces contrats sont assimilés à une forme de précarisation des salariés, affaiblissant davantage la régularité et la pérennité des revenus pour une catégorie socioprofessionnelle déjà en difficulté», précise un consultant.
Il n’y a pas que les ressources externes pour faire face à des besoins ponctuels ou pour contenir les charges salariales «L’entreprise peut privilégier d’autres possiblités. Bien que nous ayons recours aux CDD pour des raisons précises, nous développons aussi bien la polyvalence et la rotation au sein de nos équipes. Cela permet de mieux les valoriser et de dupliquer les connaissances en interne afin de mieux préparer la relève. Plus vous organisez et planifiez vos emplois en interne, moins vous avez recours aux contrats CDD et intérim et vice-versa. De même que nous développons la pratique des stages dans le cadre de conventions avec les écoles et universités de la place. C’est l’occasion pour dénicher de bons profils afin de leur proposer des contrats pré-embauche par la suite», explique M. Benouarrek.

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