Au moins 10% des C.V. en circulation sont truqués

Le diplôme n’est pas déterminant pour un recrutement, mais son poids dans le CV pousse à  la fraude. La grande majorité des entreprises qui recrutent directement ne vérifient pas l’authenticité des informations inscrites sur les CV.

Le développement des moyens d’impression et d’internet ont fait naître un marché florissant des faux diplômes, même des écoles les plus prestigieuses du monde. Pour étoffer leur CV, certains candidats n’hésitent pas à prendre le risque de se servir de ces faux documents, acte pourtant passible de poursuites judiciaires. A côté, les pratiques consistant à étoffer le parcours professionnels sont légion. Younes Mouhib, DG de Positif Conseil, passe en revue les pratiques douteuses.

Certains recruteurs disent recevoir souvent des CV bidouillés. Qu’en pensez-vous?

En effet, nous connaissons le cas d’une entreprise qui, faute d’avoir pris les précautions nécessaires, a eu la mésaventure de valider le dossier d’un candidat avant de se rendre compte quelque temps après que ce dernier avait communiqué de fausses informations, notamment des diplômes amplement falsifiés.
Il faut dire qu’aujourd’hui, avec des moyens d’impression et d’édition sophistiqués, on peut aisément copier des diplômes et autres attestations de travail. D’ailleurs, ne le fait-on pas avec les billets de banque et des documents administratifs comme les passeports, les cartes d’identité, documents présentés, de surcroît, comme des documents difficilement falsifiables, voire infalsifiables ?
A signaler également qu’aujourd’hui se développe sur internet tout un business de vente de diplômes. Ainsi on peut acheter des diplômes d’universités tout aussi prestigieuses que Harvard ou d’instituts comme MIT par exemple.

Pouvez vous quantifier le niveau de fraude sur le marché ?

On estime à au moins 10% le pourcentage de CV truqués en circulation. Maintenant, il y a trucage et trucage. A ce titre, le fait d’édulcorer ou d’enjoliver un CV en jouant sur les mots ou la présentation des faits n’est pas de la falsification. Une des choses les plus graves qui tombent de fait sous le coup de la loi consiste à remettre à l’employeur un faux diplôme.

Le diplôme est-il si important pour qu’on a arrive à en présenter un faux ?

Le diplôme n’est qu’un critère parmi un ensemble de critères que nous évaluons à chaque opération de recrutement. Il est vrai qu’aujourd’hui les diplômés de certaines écoles ont fait leurs preuves sur le marché du travail. Ceci dit, il faut noter qu’au-delà de la question du diplôme, le plus important, c’est la valeur intrinsèque du diplômé. Pour preuve, vous pouvez avoir deux candidats d’une même école mais avec des écarts importants sur le plan du potentiel parce que d’autres facteurs interviennent au-delà du facteur formation : personnalité, valeurs, capacités réelles du candidat à assumer une fonction donnée, esprit d’initiative, intérêts, dynamisme, capacité à travailler en équipe, etc.
En définitive, le diplôme n’est qu’un «ticket d’entrée» sur le marché du travail (indication sur votre positionnement dans la hiérarchie du savoir). Partant de là, ce qui donne de la valeur supplémentaire à un candidat, c’est la qualité de l’expérience et des compétences acquises, après son cursus de formation.

Comment repérer les falsificateurs et autres imposteurs dans le process de recrutement ?

Repérer les falsificateurs et autres imposteurs dans le process de recrutement dépend du niveau de maîtrise des techniques de l’entretien et surtout des techniques de questionnement, lesquelles quand elles sont utilisées de manière pertinente peuvent faire resurgir les contradictions, les incohérences et autres zones d’ombre chez le candidat.
En aval de l’entretien de recrutement, il y a la vérification des informations sur la base de documents remis par le candidat et par l’investigation auprès des ex-employeurs et grâce à notre réseau relationnel. Ceci nous permet de nous assurer de la véracité des informations contenues dans le CV, ainsi que de l’état de service du candidat.
Hélas, selon les informations dont nous disposons, il se trouve que plus de 75% des entreprises ne font pas cette démarche de vérification de CV. Dans ce cas, quand le candidat fait l’affaire, il n’y aura rien à dire. Par contre quand ce dernier ne tient pas la route, les conséquences peuvent être fâcheuses pour l’entreprise, entre autres pour son image de marque, et davantage quand le candidat, et de notoriété publique, «traîne des casseroles».
L’image qui se dégage de cette entreprise est qu’elle recrute n’importe qui et forcément n’importe comment.

Qui est susceptible de frauder ?

Les candidats imposteurs agissent tout d’abord de la sorte pour masquer une insuffisance ou un manque par rapport a ce qui est attendu. Ils se sentent obligés d’agir de la sorte, vu les enjeux que le recrutement représente à leurs yeux.
Autre constat, c’est le fait d’avoir des caractéristiques proches de celle des escrocs, en somme une bonne connaissance de la psychologie humaine et une capacité à repérer les failles et les vulnérabilités chez les autres pour pouvoir ensuite les manipuler à leur guise. C’est également des joueurs, qui tentent le tout pour le tout, sans vergogne et avec un certain aplomb.
Et enfin les candidats imposteurs sont de très bons comédiens. Il y en a même qui vont jusqu’à vous échafauder des mises en scène pour vous impressionner, vous bluffer, en cherchant à se donner de l’importance. Ils peuvent être très convaincants pour celui qui ne sait pas repérer la faille.