La Marocains plus enclins à payer leurs factures sur Internet

L’implantation de nouvelles marketplaces digitales telles que Jumia, Souq, Thundafund et Travel start peuvent créer des opportunités pour des personnes exclues du marché du travail en Afrique. Le développement du secteur peut s’avérer le moyen d’avoir une distribution alternative pour des produits auparavant inaccessibles. Au Maroc, l’évolution des paiements par carte présage un réel développement de la digitalisation.

La digitalisation s’accélère au Maroc. Que ce soit dans la création de nouveaux sites de e-commerce, le développement de l’activité monétique, l’hôtellerie et les voyages, y compris la billetterie ou encore le paiement par internet, certes encore cantonné aux grands facturiers, aux compagnies aériennes et aux services eGov. En témoignent, les chiffres toujours en croissance du Centre monétique interbancaire (CMI). Les opérations de paiement par cartes marocaines auprès des commerçants et eMarchands affiliés au CMI ont totalisé, durant le 1er trimestre 2019, 16,3 millions d’opérations pour un montant de 6,8 milliards de DH, en progression de 24,6% en nombre et 19,4% en montant par rapport à la même période en 2018. C’est plus rapide que les retraits sur les GAB, qui ont évolué de 7,4% en nombre d’opérations et de +7,9% en montant des opérations. «Il y a plusieurs volets dans l’activité monétique globale et chacun évolue à un rythme propre. Si, globalement, l’activité monétique porte sur 97,2 millions de transactions pour un volume global de 80,7 milliards de DH, marquant une progression en nombre de 10,2% et en montant de 9%, on constate que l’activité des paiements progresse plus vite que celle des retraits sur les guichets automatiques», analyse un responsable du CMI. La tendance est donc en train de s’inverser.

Les Marocains sont de plus en plus enclins à payer leurs achats ou leurs factures sur internet ou sur TPE. Cela représente une opportunité pour le développement du business du digital et, par ricochet, pour la création d’emplois. En Afrique, les sites de e-commerce tels que Jumia (déjà présente au Maroc), Souq, Thundafund et Travel start pourraient créer près de 3 millions de nouveaux emplois d’ici 2025. C’est ce qui ressort du nouveau rapport publié par Boston Consulting Group, intitulé «Comment les Marketplaces digitales peuvent propulser l’emploi en Afrique». D’après le même rapport, en 2018, il y avait seulement 15 magasins pour un million d’habitants en Afrique, alors qu’en Europe et aux Etats-Unis, il y en avait respectivement 568 et 930. Cette très faible pénétration du marché africain prouve qu’une grande partie de la population est mal desservie et que le risque de substitution est faible.

Les marketplaces pour faire face au manque criard de magasins physiques en Afrique

Le potentiel qu’offrent les marketplaces digitales dans toute l’Afrique est par conséquent incommensurable. «Parce que l’Afrique manque actuellement d’une infrastructure efficiente, les Marketplaces digitales pourraient être le moyen d’imaginer la distribution autrement», déclare Patrick Dupoux, Senior Partner au sein de BCG, qui dirige l’activité africaine du groupe. La mission de mise en relation d’acheteurs et de fournisseurs de produits et de services pourrait donc accroître les revenus et favoriser la croissance, sans pour autant troubler l’activité des entreprises installées surtout en Afrique. D’autant plus que les Marketplaces digitales sont susceptibles d’améliorer les conditions d’emploi car elles représentent une manière d’intégrer les activités productives dans le secteur formel. A la différence des économies des pays développés, la grande majorité des travailleurs africains sont en effet actifs dans le secteur informel.

En outre, les Marketplaces digitales créent de la demande pour des domaines nouveaux, comme les développeurs ou les marqueteurs digitaux, en plus d’ouvertures pour les métiers traditionnels d’artisans, commerçants, conducteurs et d’agents logistiques. Ils stimulent aussi la demande pour les produits et services hors de portée des réseaux du commerce conventionnels et peuvent davantage intégrer de nouvelles catégories de personnes restées exclues du marché du travail telles que les femmes et les jeunes. «Tandis que les Marketplaces digitales sont souvent considérées comme des éléments perturbateurs dans les économies avancées, dans les économies naissantes des pays africains, ils peuvent être d’énormes catalyseurs du développement économique», dit Lisa Ivers, Partner au sein de BCG et co-auteur du rapport. Encore faut-il que les efforts des secteurs public et privé convergent pour créer l’environnement digital approprié à même d’entretenir la confiance entre les diverses parties prenantes.