Faut-il faire confiance à l’Intelligence Artificielle?

Un tiers des Européens se verrait bien gouverné par des algorithmes, avance Rachid Guerraoui, l’un des experts de renommée mondiale en la matière.

Dans un monde où le recours à l’intelligence artificielle (IA) s’accroît, une question se pose avec récurrence. Peut-on lui faire confiance? Se dirige-t-on, comme dans le classique « Terminator », vers un monde gouverné par des machines intelligentes, indépendantes et qui, au final, mettraient les humains sur le banc de touche? Des véhicules autonomes à la médecine, en passant par tous les spectres d’activités consommatrices de technologies, la présence d’IA est nettement plus remarquable. Dépendre totalement des algorithmes n’est probablement qu’une question de temps.

C’est ainsi que les intérêts et risques liées à l’intelligence artificielle ont été au centre du débat lors de la 48e rencontre du cycle de conférences initié par la Fondation Attijariwafa bank. Présidant cette conférence, Mohamed El Kettani, PDG du groupe Attijariwafa Bank, pense que « rien ne sera plus comme avant » avec la révolution numérique en cours. « C’est l’une des voies à emprunter pour accélérer le rythme de développement de nos pays, rattraper notre retard technologique et résoudre le problème du chômage des jeunes. C’est une chance historique que nous devons saisir », a-t-il dit avant d’introduire l’invité du jour, Rachid Guerraoui.

Ce dernier est l’un des chercheurs de renommée mondiale en algorithmique. « Peut-on faire confiance à l’intelligence artificielle? Pas totalement, mais on peut mesurer cette confiance, à condition de maîtriser l’informatique sous-jacente », a-t-il avancé, en étayant ses propos par une multitude d’exemples. En effet, les algorithmes peuvent nous trahir, comme c’était le cas pour le Boeing 737-8 Max de Lion Air et d’Ethiopian Airlines, ou dans celui des premiers échecs du lanceur de satellites Ariane 5.

Mais c’est l’à une réalité à laquelle il faudra s’adapter, en sachant  minimiser les risques. D’ici 2050, 50% des emplois actuels disparaîtront, a avancé M. Guerraoui. Ceux qui les remplaceront seront étroitement liés à l’IA, cette capacité d’un algorithme à résoudre (par une machine) un problème que seuls les humains pensaient régler.

A priori, les sociétés développées commencent à s’accoutumer à la nouvelle donne. Selon M. Guerraoui, un sondage récent a montré que 1/3 des Européens se verrait bien gouverné par des algorithmes. Le professeur à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne et au Collège de France invite à investir dans la jeunesse. « À l’inverse de la révolution industrielle, l’intelligence artificielle nécessite des investissements en termes de neurones, et non en matières premières. D’où la nécessité de former la jeunesse. Par ailleurs, ce n’est pas un désastre si ces jeunes quittent à un moment donné le Maroc. À l’étranger, ils  continueront leur formation et pourront, un jour, renvoyer l’ascenseur. Mais, dans l’immédiat, le Maroc doit former ses jeunes et diversifier les parcours de formation qu’il leur offre», conclut-il.

Voici la retransmission de la conférence dans son intégralité : 

« Peut-on faire confiance à l’intelligence artificielle ? », un débat organisé par la fondation Attijariwafa bank.Intervenants: Rachid Guerraoui, Professeur à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) et au Collège de FranceMeya Zeghari, Responsable de la Transformation digitale & SmartUp, groupe Attijariwafa bank

Publiée par La Vie éco sur Mardi 16 avril 2019