Agriculture, urbanisme, énergie et mines… Ce qui va changer avec les satellites Mohammed VI A et B

Au-delà des applications sécuritaires, le duo des satellites Mohammed VI A et B aura un impact majeur dans plusieurs secteurs. Les opérateurs publics et privés pourront se procurer les données de l’imagerie satellite auprès du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS).

Le duo des satellites de télédétection spatiale Mohammed VI A et B promet d’être une aubaine pour l’économie du Royaume. Mis en orbite le 20 novembre 2018 à bord du lanceur léger Vega à Kourou en Guyane, le satellite Mohammed VI-B permettra d’assurer une couverture plus rapide des zones d’intérêt. Pas moins de 500 images en haute résolution seront décortiquées quotidiennement par les techniciens et les ingénieurs marocains. En plus des applications sécuritaires ayant trait à la défense et à la gestion des risques naturels, d’autres applications du programme spatial – décidé par le Souverain en 2013 et réalisé conjointement par le consortium Thales Alenia Space et Airbus – auront un impact positif sur des secteurs clés de l’économie nationale. «La durée de vie peut aller jusqu’à 15 ans, comme l’atteste l’expérience d’autres satellites», indique Driss El Hadani, directeur général du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS). Pour lui, le prisme de la rentabilité au sens purement économique et financier ne s’applique pas à ce genre de projet. «Cette infrastructure permet d’avoir une souveraineté dans l’acquisition d’informations et de données stratégiques pour le pays et son développement. Il n’est pas logique aujourd’hui qu’un pays reste dépendant des Etats ou opérateurs étrangers pour explorer son territoire», détaille le dirigeant de l’établissement dépendant du département de la défense nationale.
Agriculture, mines et urbanisme sont trois secteurs dont les acteurs publics et privés pourront avoir accès à des données d’imagerie satellite auprès du CRTS.

Urbanisme : maîtriser l’urbanisation

On le sait. L’urbanisation est un défi majeur à relever pour le Maroc. Pendant longtemps, l’obtention de données portant sur ce mouvement reposait principalement sur des photographies aériennes. Celles-ci posaient plusieurs contraintes, comme la difficulté d’identification de la taille des objets, les ombres présents sur les clichés et la pollution atmosphérique.
«Aujourd’hui, l’amélioration de la qualité des images réalisées grâce aux satellites de télédétection a permis d’exploiter les données obtenues dans la réalisation et le suivi des plans d’aménagement du territoire. A cet effet, le dispositif de télédétection marocain offre une gamme diversifiée d’applications possibles», explique une source associée au projet. La première a trait à la réalisation de cartographies et l’évaluation spatio-temporelle des espaces urbains au profit d’acteurs publics et privés. En effet, la télédétection permettra aux architectes, urbanistes et décideurs d’avoir une vision complète et homogène de la totalité du tissu urbain, grâce à l’observation détaillée des structures urbaines et périurbaines. Dans le détail, l’analyse des images offre la possibilité d’évaluer le degré d’occupation des sols, le développement spatial des villes aux dépens des espaces agricoles ou forestiers et l’impact des réseaux routiers sur l’environnement.
La deuxième application concerne quant à elle le suivi de l’évolution de l’habitat insalubre. «Les images fournies par le duo d’engins marocain permettront d’évaluer les résultats du programme “Villes sans bidonvilles” et de surveiller la propagation de l’habitat insalubre», confie-t-elle.

Agriculture : une meilleure gestion de l’eau et du foncier agricole

Secteur stratégique de l’économie marocaine, l’agriculture bénéficiera fortement des nouvelles possibilités de la télédétection. D’abord, la télédétection permettra aux services du ministère de l’agriculture d’améliorer de manière significative le pilotage des campagnes agricoles et la qualité des statistiques. En effet, il sera désormais plus facile de prévoir les rendements potentiels, et par conséquent améliorer la prévision des budgets en estimant les recettes des exportations et les dépenses relatives aux importations.
Mieux encore, les images fournies permettront d’identifier avec exactitude les espaces irrigués du Royaume, en vue de réaliser un suivi de la consommation d’eau par bassin et par type de culture. Les données ainsi obtenues sont par la suite insérées à différents modèles de bilan hydrique, dans le but d’aboutir à des décisions adéquates en matière de gestion hydrique.
Autre impact attendu et non des moindres : établir d’une façon précise l’étendue des terres arables. Là encore, la télédétection pourrait s’avérer très utile dans la gestion du foncier agricole au profit des petits agriculteurs.
Enfin, le duo des satellites Mohammed VI A et B permettra d’intégrer les méthodes et les techniques de l’agriculture de précision. Contrairement à l’agriculture classique -qui se caractérise par une application uniforme de l’irrigation, des engrais et des pesticides-, l’agriculture de précision repose sur un ciblage précis des zones agricoles à traiter. En combinant la télédétection à des capteurs GPS installés sur les grandes exploitations agricoles, l’agriculteur peut bénéficier d’informations précises sur des zones particulières à traiter.

Energies et mines : un coup de pouce à la prospection

Cartographie géologique et analyse des structures géologiques, prospection minière et pétrolière, extraction des minéraux de construction et gestion des carrières… Ce sont là autant d’applications de l’imagerie satellite dans le secteur des énergies et des mines. «La cartographie géologique et ses applications sont parmi les premiers secteurs utilisateurs de l’imagerie spatiale. En effet, les données images permettent l’extraction d’informations pertinentes sur les structures géologiques, la délimitation des strates et l’identification des faciès», explique une autre source associée au projet.