Enseignement supérieur : les défis à relever

Plusieurs réformes ont été mises en place et abouti durant le mandat du ministre de tutelle. La recherche scientifique reste l’axe principal sur lequel se base tout enseignement de qualité. Le problème de l’équivalence des diplômes du secteur privé persiste.

L’enseignement au Maroc fait toujours l’objet de discussions. Du primaire, au secondaire et jusqu’au supérieur, les réformes se succèdent, à mesure que les gouvernements se suivent. Certaines aboutissent et donnent des résultats palpables, d’autres non, faute d’une vision claire, de suivi pointu ou de moyens. Tout système éducatif, quel qu’il soit, doit faire l’objet d’améliorations continues. Il s’agit d’un processus dynamique et le Maroc ne fait pas l’exception. Plusieurs dossiers dont s’est chargé le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres ont été applaudis. Il s’agit entre autres de l’augmentation de la capacité d’accueil des cités universitaires, de l’amélioration des pensions des étudiants, de l’accroissement du nombre de personnes éligibles aux bourses, de la limitation de la surcharge des universités et de la couverture maladie des étudiants. La recherche scientifique est un chantier qui lui tient à cœur. Les projecteurs ont été braqués sur ce volet durant tout son mandat, vu qu’il représente l’un des leviers principaux de la modernisation des universités marocaines. En plus de la conclusion de certains partenariats avec des entités étrangères pour le financement de la recherche et le développement au Maroc, le ministre a démocratisé -ou du moins essayé- l’utilisation d’outils informatiques sophistiqués. C’est ainsi qu’il a mis en place tout un programme pour élargir l’accès à différentes plateformes d’e-learning nationales et internationales, pour généraliser l’utilisation de la connexion wi-fi dans l’ensemble des campus et des complexes universitaires et pour encourager les étudiants des établissements publics à se doter d’appareils informatiques (tablettes et ordinateurs portables). Pour promouvoir davantage la recherche, le ministre a instauré une règle selon laquelle la promotion d’un professeur universitaire ne se fera plus sur la base de son ancienneté mais plutôt en tenant compte de l’implication de l’enseignant en matière de recherche scientifique. Mais, malgré ces démarches, le budget alloué à ce volet reste faible. Il est à rappeler que la Charte d’éducation et de formation avait fixé à 1% du PIB le budget de la recherche scientifique à l’horizon 2010, mais ce chiffre n’a pas été atteint, puisqu’il ne représente que 0,7%. La vision stratégique du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique projette d’augmenter ce budget pour atteindre 1% du PIB à court terme, 1,5% à l’horizon 2025 et 2% en 2030. A côté de cela, bien d’autres failles persistent. Elles demeurent liées surtout aux infrastructures, à l’insuffisance des moyens d’accompagnement, à l’encadrement pédagogique et surtout à la qualité de la formation offerte. Très souvent, les étudiants qui intègrent le monde professionnel se trouvent confrontés à des insuffisances en termes de connaissances, de communication, de travail en équipe… Or, les entreprises, aujourd’hui plus que jamais, sont à la recherche du «candidat exceptionnel»  qui pourrait répondre à leurs besoins. Ces mêmes besoins ne sont plus cantonnés dans les compétences techniques. Elles vont au delà de cela pour atteindre aussi bien les capacités d’adaptation, d’analyse et de résolution de problèmes. Cela sans parler des exigences en matière de maîtrise de langues, de facilité dans la communication et de gestion d’équipes. C’est donc un défi de taille qu’il faudra relever, dans lequel toutes les parties prenantes doivent s’impliquer

Par ailleurs, le problème de l’équivalence des diplômes des écoles privées reste toujours d’actualité et oppse le ministre aux professionnels. En cause, les exigences instaurées pour prétendre à l’équivalence des diplômes sont élevées. En effet, le cahier des charges exige 30% d’enseignants permanents. De plus, les professeurs du niveau master doivent être titulaires d’un doctorat et ceux du niveau licence, d’un master. D’autant que les établissements locaux doivent répondre à certaines exigences de qualité, un personnel qualifié et déclaré à la CNSS, 400 étudiants au minimum inscrits dans une école privée et 2000 dans une université privée.

Cela pourrait paraître normal quand on sait que nombre d’écoles emploient des enseignants sans vraiment disposer des qualifications requises, au noir, et, de surcroît, pour enseigner des formations demandant une technicité de haut niveau qu’ils ne maîtrisent pas forcément. Et c’est ce type d’écoles qui porte atteinte à la réputation de l’enseignement supérieur privé qui, notons-le, accueille certains établissements de renommée qui offrent un enseignement de qualité et dont les lauréats sont intégrés assez facilement dans le monde du travail. En effet, l’enseignement supérieur privé a toujours été considéré comme un vecteur essentiel allant de pair avec l’enseignement public. Mais la participation de ce secteur dans l’enseignement supérieur se limite à 0,1% seulement. D’où tout le potentiel dont il doit profiter pour former les cadres et dirigeants du Maroc de demain. Quoi qu’il en soit, plusieurs chantiers sont en cours. Le dernier se rapporte à la création d’instituts polytechniques, à travers la fusion des EST, ENSA et des FST, et qui s’inscrit dans une dynamique de ramassage et de rationalisation dans laquelle le ministre s’est engagé. Décision qui ne manque pas de  provoquer le mécontentement de certaines catégories de lauréats.

L’objectif est de disposer de 18 instituts du même genre à l’horizon 2020 et de permettre ainsi d’atteindre des tailles critiques, à même de favoriser le développement des pôles de recherche. Ce qui devra engendrer également des effets de synergie entre les écoles tout en permettant l’échange dans les programmes de recherche des doctorants. Dans cette même lignée, l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique devra voir le jour et dont le but est de garantir une meilleure gouvernance de la qualité du système marocain, tant pour le public que pour le privé. En parallèle, le ministre espère optimiser les moyens entre les différentes écoles publiques, rationaliser les ressources entre elles pour ainsi offrir davantage de visibilité de partenariat et de coopération scientifique.