Volte-face

A l’instar d’une télénovela mexicaine (ou turque, selon les goûts), la question de la langue d’enseignement, notamment des matières scientifiques et techniques, a continué de tenir en haleine des millions de Marocains suspendus à l’issue d’un vote.

Ainsi, au lendemain d’un compromis en commission parlementaire, obtenu au terme de négociations ardues et de tractations marathoniennes…Retour à la case départ ! L’unanimité de la veille pour s’ouvrir sur les langues étrangères n’aura pas tenu longtemps, fragilisée par le poids de petits calculs politiciens et de quelques élucubrations exprimées ici et là en faveur du maintien de l’arabisation.

Mardi 2 avril, la décision de reporter le vote d’une journée, à l’initiative du PJD, trahissait une hésitation. Ira-t-on vers un vote négatif ? La langue arabe sera-t-elle en définitive l’unique canal linguistique de transmission du savoir dans notre pays ? A l’heure où nous mettions sous presse, le vote en commission n’avait pas encore eu lieu, mais la tournure des débats apporte quelques enseignements.

S’il y a un argument qui caractérise la mauvaise foi et le déni des réalités, c’est bien celui de la carte identitaire. Car bien que la langue arabe soit notre langue officielle, elle ne définit pas l’ensemble de notre identité ou de notre culture.

Aussi, glorifier l’arabisation de l’enseignement, décidée il y a une quarantaine d’années par l’Istiqlal, c’est tout simplement refuser d’admettre l’évidence, et d’écouter ce que veulent réellement les Marocains. Ils sont pour leur quasi-totalité, pour ne pas dire tous, favorables au multilinguisme. A vrai dire, l’arabe comme langue d’enseignement n’a jamais été exclusive. Au lycée, dès les premières années de l’arabisation, il aura fallu prévoir quelques heures où les matières scientifiques étaient enseignées en français, histoire de préparer les étudiants au passage à l’université. Si officiellement l’inadaptation de l’arabe à l’enseignement de ces matières ne fut pas exprimée comme telle, l’introduction en parcimonie d’une langue étrangère, le français en l’occurrence, le laissait entendre. Sinon, pourquoi ne pas avoir étendu l’arabisation au cycle supérieur ?

En outre, le projet de loi-cadre de l’enseignement ne se limite pas à la seule langue française, puisqu’il évoque le pluralisme et l’alternance linguistique, ainsi que les langues étrangères…au pluriel. Les étudiants marocains en ont grand besoin.