Vieux concepts

Il y a quelques jours, quand l’Administration américaine avait, à  juste titre, annoncé qu’elle se réservait le droit de revoir ses contrats de livraison d’armement à  l’Etat égyptien, les gouvernants du Caire ont immédiatement réagi en envoyant, en grande pompe, une grosse délégation militaire à  Moscou en vue de négocier de nouveaux contrats.

Il y a quelques jours, quand l’Administration américaine avait, à juste titre, annoncé qu’elle se réservait le droit de revoir ses contrats de livraison d’armement à l’Etat égyptien, les gouvernants du Caire ont immédiatement réagi en envoyant, en grande pompe, une grosse délégation militaire à Moscou en vue de négocier de nouveaux contrats. Depuis quelques jours aussi, nos voisins de l’Est s’excitent sur la même question de l’armement et n’arrêtent pas de faire et refaire les comptes pour évaluer les forces en présence.

A chaque fois que le Maroc se fait livrer de nouveaux équipements, dans le cadre de contrats passés pourtant depuis longtemps, Alger annonce elle aussi en grande pompe des contrats ou des pourparlers pour en acheter, le plus souvent auprès de l’ancien allié Moscou.
Il faut croire qu’au XXIe siècle, malgré la chute du mur de Berlin depuis très longtemps et la vague de mutations qui a frappé le monde entier, certains sont encore au stade de la guerre froide des années 50 et 60.
Visiblement, la vision qu’ont encore certains des relations internationales est encore basée sur de vieux concepts dépassés comme l’hégémonie, la domination, le rapport de force…

Aujourd’hui, par exemple, quand le Maroc affirme et confirme son partenariat indéfectible avec les Etats-Unis, cela ne veut pas dire qu’il le fait au détriment de ses autres partenaires. La preuve est que même avec la Russie et les pays de l’ancien bloc de l’Est, le Maroc a aujourd’hui d’excellentes relations. En attestent le niveau de nos exportations vers la Russie, le flux des touristes qui nous viennent de Moscou, etc.

Les relations internationales sont depuis longtemps dans une logique gagnant-gagnant, basées sur des approches multilatérales et diversifiées. Pour notre partenaire classique qu’est l’Europe, l’ouverture du Maroc sur les USA, sur l’Afrique ou sur d’autres régions présente plus d’opportunités pour les opérateurs et les produits européens. C’est également le cas pour les Américains. Les deux plus grands blocs économiques du monde ont compris qu’ils ont intérêt à ce que leurs partenaires, dont le Maroc, ne soient pas mis dans une situation de choix binaire, du genre avec moi ou contre moi. Mais certains, eux, ne l’ont pas compris. C’est d’ailleurs pour cela, entre autres, qu’on ne risque pas de voir de sitôt un Maghreb uni.
Les vrais partenariats ne se font pas avec les armes et les rapports de force, ni avec les techniques de chantage et encore moins avec le seul pouvoir de l’argent. Ils se construisent sur l’entraide, la compréhension, le partage des profits et le respect mutuel. Ce n’est pas pour rien que malgré tous les «pétrodinars» déversés depuis des années dans certains pays du continent africain, le Maroc y jouit plus que jamais du respect et de l’appui indéfectible de la majorité des Etats. La sagesse finira toujours par l’emporter… n Saâd Benmansour