Une fausse question de principe

Le gouvernement El Fassi veut arabiser à  fond l’Administration. Il se trompe de combat. Son véritable souci devrait être celui de l’efficacité de ses ministères et offices.

A peine installé, le gouvernement El Fassi, imprégné par une forte coloration istiqlalienne, revient à  la charge concernant l’un de ses credo : l’arabisation de l’Administration. L’on se rappelle que sous le mandat de Youssoufi, un ministre istiqlalien avait instauré l’obligation pour les administrations de correspondre entre elles en langue arabe, à  l’exclusion de toute autre langue. Difficile, la mesure n’avait pas été appliquée en totalité, en raison d’obstacles inhérents aux aspects techniques de certains dossiers. Pour l’anecdote, nous retiendrons aussi que des membres du gouvernement Jettou avaient été obligés de prendre des cours d’arabe, lors de leur prise de fonction.
Aujourd’hui, le gouvernement El Fassi s’apprête à  sortir un décret qui obligera non seulement les administrations à  communiquer entre elles en arabe, mais, de plus, à  faire de même pour toute correspondance officielle avec les citoyens.
Nous n’avons rien contre l’arabe, ni le principe, mais il semble que le gouvernement se trompe de combat. Le combat, le vrai, n’est pas celui d’une langue contre une autre, mais celui de rendre l’Administration plus efficace, de faire en sorte que sa communication soit compréhensible par tous. On voit à  l’avance ce que donnera la transmission de rapports techniques ou de recherche (projets d’infrastructure, documents financiers, rapports d’évalution…) mal traduits ou à  moitié, parce que certains termes n’ont pas trouvé d’équivalent. On voit mal aussi ce à  quoi aboutira la conversion de certains logiciels… On imagine le coût en matériel, formation et heures perdues que cela demandera, pour dire, avec fierté : « L’Administration communique uniquement en arabe ».
Prendre pour prétexte l’arabité afin de compliquer le travail de l’Administration est dépourvu de bon sens. Certains pays du Golfe, qui ne sont pas moins arabes que nous, ont été réalistes. Ils communiquent en anglais quand ce véhicule linguistique peut mieux exprimer ce qui doit être dit. Que ce soit en mandarin, en swahili ou en français, l’essentiel est que le message passe. La langue n’est pas une fin en soi, elle est un moyen.
Enfin, on ne s’empêchera pas de souligner que si l’on parle bien d’arabe classique dans ce cas, les Marocains, eux, ne parlent pas plus l’arabe classique que le français, ils parlent darija. N’est-ce pas ?