Un scénario cohérent

On peut toujours critiquer
la démarche adoptée dans l’affaire du Sahara mais s’il y a une chance sur cent pour résoudre le problème, elle vaut la peine d’être saisie.

Il est inhabituel pour la presse d’un pays, o๠la question du Sahara a toujours été un sujet tabou, de se voir invitée (grâce aux bons soins du ministère de la communication) à  une conférence tout ce qu’il y a de plus officielle pour être informée des développements de l’affaire. Il est tout aussi inhabituel d’entendre dans la bouche des personnes en charge du dossier, à  l’Intérieur, que des erreurs d’approche du problème ont été commises par le passé et que l’on a retenu la leçon. Le Maroc a changé…

Certes, on sent quelque part une volonté de «charmer» les médias nationaux pour éviter qu’ils ne viennent râler au moment o๠le Maroc doit parler à  l’unisson. Pour autant, la démarche n’est pas dénuée d’une dose de bonne foi et elle aura eu le mérite de poser les termes de l’enjeu.

Que faut-il retenir de la nouvelle manière d’aborder le dossier du Sahara ? Deux idées : d’abord que le problème a été étudié dans toutes ses composantes – politique, sociale et économique – et avec un niveau de concertation le plus large possible en vue de présenter un projet d’autonomie cohérent et crédible. En somme, au lieu de crier bêtement et simplement «le Sahara est marocain», comme nous le faisons depuis 30 ans, nous prenons le soin d’ajouter que «nous lui donnons les moyens de se développer à  l’instar des autres régions du Maroc et nous mettons en place des mécanismes institutionnels destinés à  faire respecter les droits de ses habitants».

Deuxième idée, il ne suffit pas d’avoir un bon produit, en l’occurrence un plan d’autonomie crédible, pour qu’il soit «acheté» les yeux fermés. Encore faut-il le «vendre» avec suffisamment de doigté pour faire pencher la balance en sa faveur. Cette approche marketing, ce travail au corps, qui nous ont souvent fait défaut, et particulièrement concernant le dossier du Sahara, sont en train d’être réalisés aujourd’hui. Cette approche donnera-t-elle les fruits escomptés ? On peut y trouver à  redire et se demander par exemple pourquoi le Premier ministre et les chefs de partis ne font pas partie des VRP qui vont défendre la cause nationale. On peut trouver d’autres critiques tant nous excellons dans l’auto-flagellation, mais à  tout prendre, mieux vaut un projet concerté et marketé à  l’avance qu’un travail en coulisses présenté à  la dernière minute. Le Maroc est appelé à  vivre des moments déterminants dans l’affaire du Sahara, il serait bon de se mobiliser pour la réussite de l’opération entamée. S’il y a une chance sur cent pour que l’on règle ce problème, elle vaut le coup d’être saisie. Cela fait trente ans que ça dure…