Trop uniforme pour être libre…

Les banques ont augmenté leurs taux créditeurs suite
à  une décision concertée
et se sont toutes alignées sur le taux plancher.
Où est la concurrence ?

Il faut revenir à la période d’encadrement du crédit ou même à la dernière décennie du siècle écoulé pour mesurer le chemin parcouru par le secteur bancaire. Ce dernier a en effet totalement changé de visage. Après des opérations d’assainissement qui, par moment, ont été douloureuses, il s’est débarrassé des canards boiteux et a renforcé ses assises notamment à travers les opérations de fusions-acquisitions. Le marché évolue maintenant de manière plus rationnelle grâce à une libéralisation menée selon un processus bien réfléchi. La concurrence induite par cette ouverture a poussé les taux à la baisse et permis à davantage de PME et de particuliers d’accéder aux guichets. Preuve en est que de nombreux petits revenus sont devenus propriétaires de leur logement.
Naturellement, on peut dire que le secteur bancaire n’a joué que son rôle qui est de financer l’économie et, de surcroît, ne fait pas dans la philanthropie, mais force est de constater que les acquis sont solides quand bien même les vieux réflexes qui poussent les acteurs à faire bloc dès qu’ils se sentent menacés subsistent et sont de nature à saper les avancées réalisées jusque-là. C’est ce risque qui plane actuellement sur un secteur devenu très fiévreux en raison du déficit de liquidité. A l’origine des craintes, la décision prise au niveau du GPBM d’augmenter la marge commerciale sur les taux à moyen et long terme (voir cet article).
En soi, cette décision n’est pas condamnable, si elle était uniquement motivée par la volonté de corriger une anomalie -des taux longs durablement statiques et moins élevés que des taux à moyen terme- qui dénature le marché. Il est également tout à fait normal, dans un secteur qui veut prospérer, que les acteurs se concertent pour fixer certaines règles de bonne conduite et notamment d’éviter le dumping.
Le hic est que, de sources concordantes, l’essentiel des établissements se sont alignés sur les nouveaux taux planchers proposant, par conséquent, une offre uniforme qui ne permet pas au client de faire jouer la concurrence. Il n’est pas dit qu’au-delà de ce seuil tous appliquent strictement la même grille, ce qui serait aberrant eu égard au principe de liberté qui régit le marché. Mais rien que le fait de prendre une décision concertée sur une hausse de taux fait naître des soupçons d’entente. Espérons qu’il n’en soit pas ainsi parce que ce serait un grave retour en arrière. L’économie est gagnante si les banques sont solides mais le client ne doit pas être sacrifié sur l’autel de la stricte rentabilité.