Quand le public donne des leçons au privé

Demandez à un dirigeant de PME ou de TPE ce qui lui donne des insomnies par les temps qui courent. Sans surprise, il citera parmi les toutes premières causes les retards de paiement.

Le problème n’est pas récent, bien au contraire. Il est depuis longtemps la source numéro1 de dégradation des relations commerciales entre client et fournisseur. Et si l’administration publique a réussi à améliorer ses processus et à baisser son délai de paiement moyen à 58 jours à compter de la date de l’acceptation de la facture (détail important, car du chemin reste à faire en amont à cette étape), le secteur privé traîne encore les pieds.

Quelques chiffres pour illustrer la gravité de la situation : le volume du crédit interentreprises atteint près de 400 milliards de DH, dépassant ainsi le crédit bancaire pour le privé (voir notre article pages 12 et 13) et le tiers des entreprises doivent patienter jusqu’à 4 à 6 mois pour être payé. L’effet boule de neige aidant, le profil de mauvais payeur devient la norme.

Que faut-il faire pour renverser la vapeur ? Une nouvelle réglementation (la loi 49-15 étant caduque à défaut notamment de décrets d’application) ? «La loi ne change rien, ce sont les comportements qui doivent opérer leur mue», réplique tout de go un spécialiste de la question.
Dans un passé récent, le patronat avait cru trouver la parade. En janvier 2016, la charte du bon payeur a en effet été adoptée par la CGEM. Lancée dans le but de «prévenir les dérives aboutissant à des allongements du délai de paiement», elle n’est pas encore opérationnelle, et pour cause : très peu d’entreprises l’ont signée. Ciblant essentiellement les grands comptes de par sa nature, quelques pistes qui permettraient de la rendre attrayante sont en réflexion. L’idée est de l’assortir à un package de facilitation au niveau de la catégorisation auprès des Impôts, de la Douane, l’Office des changes…

Ces grandes entreprises pourront alors jouer pleinement leur rôle de catalyseur pour casser le système vicieux qui s’est mis en place en refusant de travailler avec des partenaires qui ne partagent pas les mêmes valeurs. Faire bloc contre les mauvais payeurs. D’autres pays l’ont fait avant, et ont enregistré des résultats probants. Autrement, la situation serait amenée à sérieusement s’aggraver. Car aucune PME n’osera faire cavalier seul et dénoncer les retardataires, de peur d’être blacklistée à tout jamais. Et par son client direct et par d’autres clients potentiels qui auraient eu vent de son acte.