Pour 7 milliards de DH…

dans la question du logement social, trois logiques s’affrontent : une préoccupation budgétaire
et fiscale, un souci
sectoriel et une equation
macro-économique.

Toufiq Hejira réussira-t-il à relancer la branche du logement social qui aujourd’hui représente le pilier du secteur immobilier au Maroc ? Après s’être rendu à la raison il y a quelques mois, et réalisé que l’arrêt des incitations fiscales avait immobilisé un segment pour lequel on pensait à tort que la demande était en voie de tarissement, le ministre de l’habitat a pris son bâton de pèlerin pour convaincre l’argentier du pays et l’artisan de la politique fiscale d’un plan de relance.
Dans cet enjeu que représente le secteur du logement social, plusieurs logiques s’affrontent. La première est budgétaire et fiscale. L’Etat ne voit pas de raison de maintenir des incitations fiscales au profit d’un secteur qui, pense-t-on à tort ou à raison, se fait des marges très confortables. Un rapport commandité par le ministère des finances lui-même dément pourtant cette notion de profit excessif, du moins en ce qui concerne le logement social. La défiscalisation étant hors de propos, c’est maintenant l’aide directe qui est sur la table des négociations : à 60000 DH par logement et en considérant une production visée de 120000 unités par an, l’Etat devra surseoir à 7 milliards de DH de recettes alors que les finances publiques sont quelque peu malmenées.
La deuxième logique est d’ordre sectoriel. En dépit de la formidable expansion connue dans la production, depuis les années 2000, le Maroc continue d’accuser un déficit avoisinant le million de logements, cela alors que, paradoxalement, la demande existe et qu’une réelle expertise s’est développée en matière de savoir-faire.
La troisième logique est d’ordre macro économique. Au cours des dernières années, le secteur a connu une forte croissance. Avec 900 000 emplois directs, il est l’un des premiers employeurs du pays et surtout celui qui a le plus contribué à créer de l’emploi, à résorber le chômage de la population non diplômée, à réduire le poids de l’informel dans l’économie. C’est également un secteur dont dépendent plusieurs activités en amont.
Cela vaut-il le sacrifice de 7 milliards de DH par an ? Le ministre des finances doit certainement avoir des arguments plausibles. Mais tout est une question d’angle, comme aiment à le dire les journalistes. En considérant le retour à l’équité fiscale, l’aide frontale peut être vue sous l’angle de la compensation. Après tout, l’Etat ne dépense-t-il pas 2 milliards de DH par an pour subventionner cette fameuse farine nationale dont personne ne connaît la grise couleur ?