Où est la protection ?

Les Marocains ont peur de se faire agresser partout et à  tout moment. Où sont
donc ces BIMO qui devaient remplacer les GUS ?

Les chauffeurs de petits taxis ne sont pas connus pour être des tendres, ni des philanthropes, pourtant, il y a quelques semaines, l’un d’entre eux, transportant déjà  deux clients, freine et intime à  un jeune homme arrêté sur le trottoir d’une des principales artères de Casablanca de monter dans le taxi. Raison ? L’endroit était notoirement dangereux.

Combien de citoyens se font agresser chaque jour au Maroc ? Nul besoin d’obtenir les chiffres pour se rendre compte de l’inquiétante progression de la criminalité. Après les vols à  l’arraché, ce sont les agressions physiques qui prennent de l’ampleur. On taillade, on éventre, avant de dépouiller. Entre les malfrats qui circulent à  moto, les gangsters qui se servent de voitures et les voyous qui guettent en embuscade, personne n’ose plus sortir son téléphone dans la rue, personne n’ose s’aventurer à  pied trop loin de chez lui. Une fois la nuit tombée, les automobilistes se barricadent et les femmes sortant du travail en fin de journée se font accompagner à  leur voiture. On agresse à  n’importe quelle heure et partout : boulevards, rues, ruelles, grandes villes, petites localités… O๠va-t-on ?

Il y a quelque temps, et dans ces mêmes colonnes (cf. édito du 27 octobre 2006), quand l’Intérieur avait annoncé la dissolution du corps des GUS, nous avions attiré l’attention sur ce problème de sécurité publique. Depuis, les choses ont empiré. Les GUS n’étaient peut-être pas très efficaces, mais ils étaient visibles et l’effet de dissuasion jouait un tant soit peu. Quelle alternative ? O๠sont les BIMO (Brigades d’intervention et de maintien d’ordre) promis ? O๠est la protection ?

Il y a urgence et l’Etat ne peut invoquer le peu de moyens pour baisser les bras. Il ne peut non plus ressortir l’argument du manque d’effectifs. Quand on voit l’effort déployé par les forces de l’ordre, tous corps confondus, pour traquer les vendeurs ambulants ou les amoureux du dimanche qui se cherchent une minute dérobée aux regards inquisiteurs, on peut légitimement se demander comment sont fixées les priorités. Et là , la réponse saute aux yeux : que l’on se situe d’un point de vue logique, humain, religieux ou légal, il est plus important de protéger l’intégrité physique d’un être humain que de sanctionner un outrage aux bonnes mÅ“urs ou un commerce honnête mais non autorisé. Les Marocains ont peur, peut-être autant que ces Sud-Africains dont on se gaussait gentiment, il y a quatre ans, en affirmant qu’ils ne décrocheraient pas l’organisation de la Coupe du monde 2010 parce que leur pays n’était pas sûr.