Le syndrome «Mkiriza»

En 2003, Ahmed B., haut cadre d’une administration publique, cherche un logement pour sa petite famille. Dans la foulée de ses recherches, il découvre, entre autres opportunités, qu’une autre administration publique a réalisé un projet de lotissement à une vingtaine de kilomètres de la ville où il réside.

Le projet est situé sur une parcelle de terrain propriété de l’Etat et plus précisément du domaine privé de l’Etat. D’où le prix auquel sont vendus les lots, entre 500 et 700 DH le mètre carré, soit une légère décote par rapport au marché du foncier dans la ville. Notre fonctionnaire décide alors de déposer une demande en bonne et due forme auprès de ladite administration pour l’acquisition d’un lot. On lui répond quelques jours plus tard que sa demande est acceptée et qu’il doit procéder aux démarches administratives nécessaires pour la concrétisation de la transaction dont le paiement. D’autres comme lui ont procédé de la même façon, très normale: des magistrats, de hauts fonctionnaires, des officiers de l’armée mais aussi des élus, des agents d’autorité ou encore de simples agents de collectivités locales et même des salariés du privé… Ils ont tous bien acquis de la manière la plus légale des lots de terrains sur une parcelle domaniale à des prix intéressants parce que simplement réalisés par une entité publique sur un foncier de l’Etat. Aujourd’hui, notre fonctionnaire Ahmed se voit offrir pour son lot de terrain presque dix fois sa valeur selon les prix actuels du marché. Si aujourd’hui on l’attrape, lui et ses voisins, les magistrats, les officiers, les hauts fonctionnaires et même les petits, ils sont bons pour le scandale. Même si l’opportunité était trop belle, il faut croire que leur statut de fonctionnaires, de hauts responsables dans le public, leur interdisait de se porter acquéreurs de ces lots de terrains. Dans les années 70, 80 et même 90, beaucoup d’institutions publiques, d’administrations, de ministères réalisaient des opérations immobilières sans oublier les communes, les agences urbaines et les fameux ERACs aujourd’hui disparus. Le plus souvent, ces projets étaient initiés sur des terrains propriété de l’Etat. Le plus grand quartier de la capitale, en l’occurrence Hay Riad, a été développé exactement selon ce même schéma. Et à Hay Riad, dans les années 80 et 90, des lots ont été attribués et vendus à une clientèle constituée en grande majorité de fonctionnaires, de différents rangs, de hauts commis de l’Etat, des secrétaires généraux et même des ministres. Le tout dans un cadre parfaitement légal. Maintenant, si l’Etat, à travers entre autres le gouvernement, veut décréter que dorénavant les fonctionnaires et autres employés du secteur public n’ont pas le droit d’acquérir des biens immobiliers dans des projets publics, cela est un tout autre débat… !