Le Maroc et ses filles

Les associations qui défendent la cause féminine se battent au quotidien. Il y a des jours où elles y croient fort, d’autres où elles sont découragées. L’espoir d’un Maroc fait aussi pour ses filles leur donne l’énergie de continuer.

«Le Maroc n’est pas fait pour ses filles». Cette assertion sans détour formulée par la sociologue Soumayya Naâmane Guessouss peut sembler extrémiste, choquante (voir pages 42-43). Mais à y réfléchir, elle résume parfaitement ce que vivent les femmes dans notre pays. L’insécurité féminine au sens large est une réalité au Maroc, n’en déplaise à certains qui préfèrent sombrer dans le déni. Après des années de lutte et un imposant arsenal juridique, le Maroc n’arrive toujours pas à assurer à ses «filles» un environnement sécurisé.

D’abord dans l’espace public. La nouvelle loi 103.13 relative à la lutte contre les violences à l’égard des femmes – le harcèlement y est traité-, jugée incomplète par les associations, est difficile à appliquer sur le terrain. Un constat également confirmé par de nombreux juristes. Pour éviter d’être importunées, agressées, les femmes ont appris à raser les murs, à faire la sourde oreille face aux harceleurs. Fixer le sol, presser le pas, porter des habits consensuels, éviter de marcher de longues distances…. font partie du code féminin.

Et ce qui est valable pour l’ espace public l’est également dans l’espace privé. Des lois censées protéger les femmes ou garantir leurs droits perdent de leur vigueur à force de dérogations comme c’est le cas pour l’âge de mariage, fixé légalement à 18 ans, mais qu’un juge a toute la latitude pour le ramener à 15 ans sur demande du tuteur légal.

Parlons-en justement du tuteur légal. Au Maroc, seul le père peut être considéré comme tel de manière, disons, automatique. La mère, elle, doit répondre à des conditions draconiennes pour y avoir droit. Et la liste des injustices est longue. L’espace accordé à cet édito ne permettrait pas de toutes les citer.

Les associations qui défendent la cause féminine se battent au quotidien pour arracher des droits qui devraient être acquis depuis des décennies. Il y a des jours où elles y croient fort, d’autres où elles sont découragées. Contre vents et marées, l’espoir d’un Maroc fait aussi pour ses filles leur donne l’énergie de continuer.