Le chaudron

On pourrait argumenter à  souhait sur l’éthique du procédé, la démarche du PAM ne s’en inscrit pas moins dans les limites de ce que permettent les textes.

C’est un véritable bouillonnement qui agite le champ politique national à l’heure actuelle. Le Maroc est devenu un laboratoire d’essai où des expériences que l’on croyait improbables ont eu lieu, où des mélanges réputés être détonants sont restés étonnamment stables, où de nouveaux chimistes ont réussi à prouver qu’ils peuvent faire mieux que les chevronnés, figés dans leurs certitudes consensuelles. C’est bien entendu du Parti modernité et authenticité (PAM) qu’il s’agit. A défaut d’avoir jusqu’à présent réussi à rationaliser le champ politique, celui qui utilise du pétrole pour tenter de fabriquer des énergies propres aura réussi le tour de force d’être un des premiers partis sur la scène en quatre mois seulement.
On pourrait argumenter à souhait sur l’éthique du procédé, la démarche, toute la démarche ne s’en inscrit pas moins dans les limites de ce que permettent les textes. Créer du nouveau avec des vieux partis ? C’est permis. Encarter des militants d’autres partis, fussent-ils parlementaires ? C’est tout aussi permis, puisque la loi ne l’interdit pas de manière absolue. Elle l’autorise si on est prêt à s’acquitter d’une sanction pécuniaire et l’on ne perd pas son mandat. Présenter ces mêmes nouveaux militants aux communales ? Là aussi c’est permis puisqu’il s’agit juste d’avoir une accréditation. En ce sens ni l’article 5 de la loi sur les partis n’est inconstitutionnel ni le gouvernement, comme on l’accuse de manière naïve n’a capitulé devant le PAM : la justice a fait son boulot et les attendus du jugement sont très cohérents. Il reste à espérer qu’elle aille jusqu’au bout et sanctionne les députés transhumants comme l’exige la loi.
Poursuivons. Menacer de faire tomber le gouvernement ? Ce n’est pas illégal puisque la Constitution le permet à condition de remplir les conditions de quorum. Quitter la majorité pour l’opposition ? Pourquoi pas si l’on estime que le soutien que l’on apporte au gouvernement n’est pas payé en retour. Enfin, soutien du Souverain au gouvernement ? Il serait précipité d’y voir un désaveu du Monarque envers le PAM. Il est au-dessus de la mêlée et il est normal qu’il renouvelle sa confiance à l’exécutif qu’il a lui-même désigné, s’il estime que ce dernier mérite de rester aux commandes.
Rien que du très normal donc, mais également du «très inhabituel». Pourquoi ? Parce que le PAM s’est aventuré là ou d’autres partis n’osent pas, de peur de déranger un consensus, d’être étiquetés comme trouble-fête, d’être accusés d’avoir fait bouger ces lignes rouges non écrites qui caractérisent tout système politique. On jugera donc sur pièce. En attendant, on posera une question très simple : si c’était un parti nouveau, autre que le PAM, qui avait tenté de faire tout cela y serait-il arrivé ? Aurait-il seulement réussi à être audible ? Il y a de quoi faire une thèse politique.