La pression monte

Face aux hausses des prix qui semblent inévitables, le gouvernement n’a d’autre choix que de multiplier les accords de modération, même si leur portée restera faible.

C’était prévisible depuis quelques mois déjà  et les industriels n’auront pas beaucoup attendu pour agir. Nombre de produits transformés d’usage courant ont connu ces deux derniers mois des augmentations de prix et s’il s’agit de quelques centimes ou quelques dirhams dans certains cas, l’ensemble de ces petits plus alourdit les dépenses des ménages qui, intuitivement, sentent que leur pouvoir d’achat s’est érodé. On se tourne alors vers l’Etat. Mais que peut l’Etat face au marché ? Le commerce est libre, la fixation des prix et des marges également. Il serait anti-productif et même suicidaire, dans un pays ouvert à  la mondialisation, de retourner à  la réglementation des prix.

Que reste-t-il alors ? Quand les économies développées ont cherché à  brider raisonnablement les appétits de gain des producteurs et commerçants, ou à  faire respecter la concurrence saine dans le but de protéger le pouvoir d’achat, elles ont inventé la régulation. Dans le cas des dernières hausses des prix, les seuls leviers de régulation dont dispose l’Etat sont ceux de la baisse des droits de douane pour atténuer l’inflation importée par le biais des intrants, et un contrôle accru des pratiques commerciales. Dans le premier cas, les contraintes budgétaires ne laissent pas une marge de manÅ“uvre significative. Dans le second cas, il faudrait, primo, un Conseil de la concurrence actif ; secundo, une loi sur la concurrence qui soit respectée, notamment concernant l’affichage des tarifs et les spécifications produits ; tertio, l’existence d’associations de consommateurs assez puissantes pour se faire entendre. Ces trois conditions, aujourd’hui, ne sont pas respectées. Dans les pays développés, les associations de consommateurs bénéficient même de subsides du gouvernement qui trouve en eux un auxiliaire de contrôle précieux et moins onéreux.

Enfin, quand bien même tout cela serait possible, l’action de l’Etat a ses limites, celles qui résultent de la nécessité de ne déprotéger que progressivement son tissu industriel sous peine de le détruire. Il reste un levier, qui viole quelque peu le concept de la liberté du marché, mais qui peut donner des résultats : celui des accords de modération, cette façon élégante qu’ont trouvé les économies libres pour réglementer, obliger industrie et commerce à  réduire leurs marges, sans avoir l’air d’y toucher. Le gouvernement n’a pas trop le choix, semble-t-il, même si les effets ne seront pas de l’ampleur attendue. Dure sera l’année 2008.