La doctrine de la triche…

Les épreuves du baccalauréat démarrent ce lundi. Et depuis quelques années malheureusement, à  l’approche de cette grande échéance, les feux sont braqués non pas sur des sujets et des questions de fond mais sur un sujet autrefois marginal : la triche.

A la veille des examens, les communiqués fusent de partout quant aux préparatifs pour contrer ce fléau. Les réunions se multiplient, certaines faisant même intervenir d’autres administrations que le ministère de tutelle lui-même, comme la police et le ministère de la justice. C’est dire que la question est prise très au sérieux. Et dans tout cela, on en est arrivé au fil des années, à ne plus parler, ou très peu, des aspects pédagogiques.  

Il est vrai qu’on ne peut pas trop en vouloir aux responsables d’ériger la lutte contre la triche en thème majeur, voire le plus important, reléguant au second rang les questions d’ordre pédagogique. C’est que les candidats, depuis quelques années, rivalisent d’ingéniosité en matière de technique de triche. Il ne faut pas oublier non plus que comme dans beaucoup d’autres domaines, les nouvelles technologies, le numérique et le mobile ont fourni aux fraudeurs de nouvelles armes non conventionnelles et redoutables qui encouragent à emprunter la voie de la facilité.

Mais attention, cette montée en puissance du fléau de la triche au bac et à l’école de manière générale, va au-delà du simple cadre restreint de l’enseignement. Car en érigeant la triche en mode de fonctionnement presque légal, en tout cas légitime, ceux qui sont aujourd’hui de jeunes candidats à un simple examen ont de fortes chances de perpétuer la pratique pour tout le reste de leur vie, aussi bien professionnelle que personnelle.

Quand ce jeune deviendra un actif dans quelques années, il trichera le plus normalement avec son employeur ou encore vis-à-vis de ses obligations comme payer les impôts par exemple. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la fraude fiscale est, elle aussi, devenue très répandue car «normalisée». Le plus dangereux, c’est que la triche fera insidieusement son entrée dans notre système de valeurs à travers la famille et l’éducation des enfants.

Tout cela n’est pas le fruit du hasard ou d’une évolution naturelle. La généralisation de cette pratique de la triche n’est ni plus ni moins que le résultat de notre système d’éducation. Au moment où l’on parle d’une grande réforme de l’enseignement, il est urgent de s’attaquer à des questions existentielles : Quel profil de citoyens veut-on pour le Maroc dans 30, 40 ou 50 ans ? Et pour ce faire, il est tout aussi urgent de déconnecter la réforme de l’enseignement de la sphère politique de manière générale.