Frisson ou ronron ?

Les partis, qui disposent pourtant de cadres de qualité, ne fabriquent pas de stars parce que les leaders n’acceptent pas que la génération montante leur fasse de l’ombre.

En voulant élaborer des scénarios pour la constitution du gouvernement qui émanera des législatives 2007 (voir page 37), nous nous sommes heurtés à une constante : aussi bien les politologues consultés que les hommes politiques approchés positionnent le débat par rapport au PJD. Mais ils ne sont pas les seuls. Posez la question aux citoyens. On se positionne soit pour ou contre le PJD, rarement en faveur ou en défaveur de l’USFP, de l’Istiqlal ou du Mouvement populaire, qui auront pourtant leur mot à dire lors du scrutin.

Pourquoi cette fixation ? Bien entendu, il y a la spécificité islamiste du parti, qui engendre des craintes chez les uns, et, au contraire, réjouit les autres. Il y a aussi le fait que ce parti fait un réel travail sur le terrain et soigne son marketing.

Toutefois, ce ne sont pas les seuls éléments. Si le PJD bénéficie d’une telle aura, c’est également parce que ses hommes sont connus. Hormis le très médiatisé Saâd Eddine El Othmani, les Lahcen Daoudi, Abdelilah Benkirane et Mustapha Ramid, pour ne citer que ceux-là, sont des personnages connus qui prennent la parole, parfois au nom du parti, d’autres fois en leur propre nom, expriment des positions, défendent des points de vue, existent sur la scène publique. Est-ce le cas pour les autres partis ? Rarement, très rarement. Le citoyen lambda ne connaît que leurs ministres (et encore !) ou un Driss Lachgar qui a mené la commission d’enquête parlementaire sur l’argent de la CNSS. Il faut le dire, à l’heure où les partis politiques souffrent de la désaffection d’un public qui ne croit plus en leurs dirigeants, ces formations ne permettent pas l’émergence en leur sein de stars qui pourraient contrebalancer cette présupposée puissance du PJD. Regardons l’exemple français : qui aurait parié un kopeck sur Ségolène Royal il y a 18 mois ? Indépendamment des qualités de la candidate à la présidentielle – qu’il ne nous appartient pas de juger -, la machine politique à fabriquer des stars a fonctionné à plein régime.

Chez nous, on ne permet pas ce genre de démarche. Les partis, qui disposent pourtant de cadres de qualité, ne fabriquent pas de stars parce que les leaders n’acceptent pas que la génération montante leur fasse de l’ombre. La nature ayant horreur du vide, on imagine à l’avance qui devrait en profiter. Quand un public est sollicité pour choisir entre le show du «club des boss» et la «star’ac de la démagogie», le résultat est prévisible : au ronron, on préfère le frisson.