Feu le 1er mai

Les porteurs du cachet du Caïd du 22e arrondissement d’Assa Zag pourraient très bien faire grève au motif que les nouveaux cahiers des charges des télés publiques ne respectent pas la diversité culturelle. De toutes les façons, ils seront payés…

Quel sens revêt cette année au Maroc la journée du 1er  mai, cette fête du travail, célébrée mondialement ? Pour le Marocain lambda c’est, habituellement, un jour férié comme un autre. Et en tant que tel, la seule bonne surprise est qu’il survienne en jour de semaine, histoire de casser le rythme, de faire le pont, de ne pas travailler tout en étant payé.

Dans le contexte actuel, il est des Marocains qui n’auront même pas eu cette satisfaction de voir le 1er mai tomber un mardi. Ces Marocains sont ces employés des communes qui font grève trois jours par semaine et pour qui le 1er mai est un jour comme un autre, chômé et payé, depuis plusieurs mois. Que ne pouvait-il tomber un lundi ou un vendredi ! Décidément, les fonctionnaires des communes n’ont pas de chance…

Mais il y a plus malchanceux que ces fonctionnaires, en ce 1er mai. Dans quelques jours, cette nouvelle Loi de finances, que l’on scrute aussi avidement dans le ciel du Parlement qu’on le ferait pour un croissant de lune de fin de Ramadan, consacrera la hausse d’un point du droit d’enregistrement. Pour celui qui achète un logement social c’est 2 500 DH de plus à payer. Pour celui qui achète à 800 000 c’est 8 000 DH. Alors on court, on joue des coudes, au sein de la commune la moins encombrée, ou celle que l’on espère être ouverte, pour légaliser des documents avant qu’il ne soit trop tard.

C’est dans ce contexte de grèves tranquilles et grasses qui n’en finissent plus que nous fêtons, ce 1er mai, la fête du travail. Des grèves qui semblent désormais s’être installées dans le paysage. On a eu les greffiers, le corps de la santé, les conservateurs fonciers et les agents communaux. A qui le tour demain ? A tout le monde. Il suffit de ressortir un prétexte, une revendication non honorée. Ou même pas, tiens ! Les porteurs du cachet du caïd du 22e arrondissement d’Assa Zag pourraient très bien faire grève au motif que les nouveaux cahiers des charges des télés publiques ne respectent pas la diversité culturelle. Un peu gros comme prétexte ? Même pas, ils sont payés de toutes les manières.

Que fêtons-nous alors ce premier mai qui devrait consacrer le travailleur prêt à se sacrifier pour obtenir ses droits ? Rien. Ou plutôt si. Nous fêtons un gouvernement qui a promis publiquement de retrancher des salaires les jours de grève et qui n’a rien fait, nous fêtons l’exploit d’avoir évité de s’encombrer d’un droit sur la grève alors que la Constitution en parle depuis 1962, nous fêtons… l’immobilisme.