Encore un pas

Maintenant que nous avons gagné le pari d’élections transparentes n’est-il pas temps d’améliorer un système
de vote trop complexe ?

En réussissant le pari d’élections transparentes, reflétant le vote populaire en majeure partie – pour ne pas dire totalement – en débarrassant définitivement son administration de cette image de faiseur de scores électoraux, qu’elle traà®nait depuis 40 ans, le Maroc aura fait un pas de géant.

Pour autant, tout n’est pas parfait. Un taux de participation de 37%, n’en déplaise au ministre de l’intérieur qui parle d’une performance moyenne, est trop faible pour conférer aux partis une représentativité qui ne souffre pas de critique. A ce stade, une fois les choses décantées, il serait intéressant de mener une étude auprès de ceux qui n’ont pas voté pour connaà®tre leurs motivations réelles. En dehors de ceux qui n’y croient pas, il y a certainement ceux qui ont des raisons plus terre à  terre. Il serait également judicieux d’étudier l’opportunité d’organiser le scrutin en jour férié, comme le font la plupart des pays, le vendredi étant non seulement travaillé, mais de plus un jour de prière, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps même pour les bonnes volontés.

Par ailleurs, à  l’intérieur de ce taux de participation de 37%, l’Etat, qui joue la transparence, devrait aller jusqu’au bout en révélant à  l’opinion publique le nombre de bulletins nuls et les raisons d’annulation. Plusieurs candidats estiment qu’il est très important et que nombre de citoyens, ne pouvant être assistés dans l’isoloir, n’ont pas su remplir correctement leur bulletin. Encore des voix perdues.

Enfin, il serait tout aussi utile de se poser la question du mode de scrutin lui-même. Il ne serait pas faux d’affirmer que la proportion de votants connaissant les mécanismes du scrutin de liste au plus fort reste ne dépasse pas les 10% de l’ensemble. Il ne serait pas non plus exagéré de considérer que les votants sont quelque peu perdus, eux qui votent plus pour un nom que pour un sigle de parti ou un programme. Il y a une contradiction évidente : 48% des électeurs inscrits sont analphabètes et la technique de vote est trop sophistiquée. Les partis assument une lourde responsabilité puisque ce sont eux, avec le gouvernement, qui ont choisi cette méthode. Certes, le vote uninominal à  un tour présente aussi beaucoup de défauts, mais la solution de remplacement a été davantage choisie pour des considérations de fragmentation du champ politique que de facilitation du vote. Maintenant que nous sommes dans l’ère de la chafafia et de la nazaha, n’est-il pas temps de jouer franc jeu ?