Défaut de fatwa

Comment qualifier
la conviction religieuse
de ceux qui optent pour des produits bancaires classiques ? Sont-ils moins musulmans que
les autres ? Y a-t-il
des degrés en la matière ?
Qu’on nous éclaire.

En septembre 2006, les oulémas s’en étaient violemment pris à  Youssef Al Qaradawi, théologien médiatisé, qui, en visite au Maroc, avait «osé» affirmer que le crédit bancaire, basé sur le principe du taux d’intérêt était licite. Ces mêmes oulémas, aujourd’hui, et alors que la banque centrale a autorisé le lancement de produits islamiques (pudiquement baptisés «produits alternatifs») non seulement ne sont pas parvenus à  trancher sur la question de la légalité desdits produits du point de vue de la doctrine islamique, mais avancent, entre autres arguments justifiant leur non-décision, un point de vue étonnant : il faut laisser d’abord les gens choisir entre produits classiques et alternatifs selon leurs convictions religieuses avant de trancher.

Il y a manifestement problème. Comment qualifier la conviction religieuse de ceux qui optent pour des produits classiques ? Sont-ils moins musulmans que les autres ? Y a-t-il des degrés en la matière ? Les 3 millions de personnes qui, aujourd’hui, ont déjà  contracté un crédit classique sont-elles, dans le rating de la conviction religieuse, à  classer dans le registre des musulmans – – tandis que les autres le seraient dans la catégorie des musulmans++ ?

Sur le fond du problème aussi la réponse fait défaut. Question : un produit alternatif, dont la rémunération est basée sur une marge au lieu d’un intérêt, mais qui est plus cher que le produit classique, est-il plus licite que ce dernier ? In fine, le but qui sous-tend le bannissement de l’usure n’est-il pas que l’on évite l’excès pouvant conduire des gens à  la ruine ? Autre question : un produit alternatif, comprenant une police d’assurance décès – dont le principe est illicite en islam – mais obligatoire de par la loi et délibérément fondue dans le package de la rémunération, est-il plus licite qu’un produit classique ? Enfin, question à  laquelle les Marocains n’ont toujours pas de réponse de la part des oulémas : le taux d’intérêt est-il clairement haram, déconseillé, ou cela dépend-il du niveau du taux ?

C’est là  le plus important. C’est ce que le Marocain attend comme avis éclairé parce que, en fin de compte, nous nageons dans l’absurde avec un faux produit alternatif, une fausse appréciation à  propos d’un faux problème. Tout cela crée une véritable schizophrénie dont le Maroc est, malheureusement, coutumier.