Décrochage

Au moment même où le sujet des langues de l’enseignement– qui a tourné au combat de coqs dans l’arène politique – soulève un débat des plus houleux, un problème majeur continue de sévir dans le milieu scolaire. Avec des dégâts souvent irréversibles.

Au Maroc, chaque année, 260 000 élèves quittent les bancs de l’école. Le taux d’abandon est aux alentours de 10% au lycée comme au collège. Les actions entreprises durant ces dernières années n’ont pas pu venir à bout de ce phénomène auquel aucun cycle n’échappe, primaire compris, avec un ratio de 1,1%, selon les statistiques du ministère de l’éducation nationale. Et ce n’est ni l’échec scolaire, ni l’opposition des parents qui sont les premières causes du décrochage, mais bel et bien l’éloignement et l’absence de transport scolaire (21% des cas).

A force de parcourir à pied plusieurs kilomètres par jour, sous un soleil de plomb ou sous des pluies torrentielles, sur des routes peu praticables, l’expérience école devient négative. La capacité de se projeter dans l’avenir en caressant le rêve d’une promotion sociale grâce à l’éducation se heurte à la réalité d’un quotidien rude et parfois dangereux.

Il serait certes de mauvaise foi de dire que rien n’a été fait, ou que la prise de conscience des pouvoirs publics n’est pas là, mais elle est insuffisante au vu de la gravité de la situation. Des stratégies ont été déployées. Des foyers pour étudiants construits et des expériences de transport en commun lancées. Mais comme beaucoup d’initiatives, l’ampleur du problème a été sous-estimée et/ou mal appréhendée. Ce ne sont pas des mesurettes qui permettront de réconcilier ces populations avec le milieu scolaire, mais une vraie action de fond qui fixe un cap et y met les moyens qu’il faut. Ne pas créer les conditions qui y facilitent l’accès, c’est condamner des populations entières à un immobilisme social. Alors qu’une année de scolarité améliorerait de 14% les opportunités de passage d’un enfant d’une catégorie sociale à une autre. Un chiffre qui donne à réfléchir au moment même où l’équité et la justice sociale s’érigent en premières revendications des Marocains.