Changement de temps et de ton

Des citoyens moins méfiants envers l’administration,
des entreprises qui pleurnichent moins
et un Etat qui affronte
son passé. 2004, une année pas comme les autres.

Ony est ! 2004 s’en va et 2005 est déjà là. En soi, le changement calendaire ne veut rien dire, surtout que le 1er janvier tombe un week-end… Mais de manière symbolique, l’heure est au bilan.
1/ Le Maroc a organisé des audiences publiques des victimes des années de plomb. Un geste fort et courageux de la part de l’Etat, mais également une équation aux nombreuses inconnues. Jusqu’où ira-t-on dans la vérité ? Peut-on juger un système en ignorant les hommes ? Est-il possible d’arrêter la machine de la transparence au risque de faire perdre toute crédibilité au processus? Personne ne dispose de LA bonne réponse mais, au moins, nous avons brisé le tabou.
2/ Le Maroc a, depuis le 5 février, une moudawana moderne grâce à l’audace du Souverain qui a poussé les concepteurs du texte à aller aussi loin que possible dans la modernité tout en préservant le dogme de la Chariaâ. Encore un bon point, mais il faut que l’intendance suive, que l’on explique aux gens, de manière didactique, ce qui a changé, que les pensions soient effectivement versées, qu’un divorce ne dure pas des années, qu’un mariage ne soit pas compliqué…
3/ On entend moins qu’avant les opérateurs économiques parler de crise, évoquer le manque de visibilité et réclamer sans cesse les aides de l’Etat. Certes, l’effet du nouveau code du travail y est pour quelque chose, mais le changement vient également d’une évolution des mentalités. On demande de moins en moins la lune à l’Etat et on semble avoir compris qu’il faut d’abord retrousser ses manches. Cela alors que, paradoxalement, la croissance en 2004 aura été tout juste moyenne.
4/ Nous ne sommes que 30 millions d’habitants. Beaucoup en doutent et cela est fort compréhensible, la rumeur se nourrissant de ses propres fantasmes (voir page 10). Mais les nombreux témoignages que nous avons recueillis – et que nous n’avons pas pu tous publier – ont un point commun : les gens ne pensent pas que l’Etat a traficoté les chiffres et parlent plutôt d’un recensement mal fait. Une première ! L’attitude envers l’Etat change. Nous ne sommes plus dans le registre de la mauvaise foi, mais dans celui de l’erreur technique.
Conclusion ? Le Maroc change même s’il se défait trop lentement de ses vieux réflexes. L’avez-vous remarqué ?, il y a un certain temps déjà qu’on ne parle plus de remaniement ministériel ! Meilleurs vœux !