Bidonvilles : la rupture

Les bidonvilles sont des zones de non-droit, qui nourrissent l’exclusion
sociale et menacent leurs habitants et les villes dans lesquelles ils essaiment.

La fermeté du discours du Trône – et plus généralement des orientations royales depuis quelques semaines – sont en train de provoquer des ruptures en chaîne dans les habitudes de laxisme et d’inertie qui s’étaient profondément ancrées dans la gestion des affaires publiques. La dernière en date de ces ruptures concerne la gestion du phénomène des bidonvilles.
Un bidonville, c’est quoi ? C’est la conjonction d’un terrain inoccupé, d’une population démunie généralement venue de la campagne et de responsables locaux corrompus. Le terrain peut appartenir à une commune, à l’Etat, à une entreprise publique ou à des privés. Il est squatté et les personnes responsables de contrôler ce genre de situations ferment les yeux grâce à un somnifère qui s’appelle le Dirham. D’ailleurs, beaucoup de bidonvilles possèdent l’eau courante et l’électricité. Est-ce possible sans complicités à un haut niveau ?
Le phénomène est extrêmement dangereux, pour plusieurs raisons :
– il menace l’équilibre social des villes ;
– il crée des situations de fait accompli sur lesquelles il est difficile de revenir ;
– il fait vivre une population, déjà vulnérable, dans des conditions sanitaires précaires, dans des habitations qui ne répondent à aucune norme de sécurité ;
– comme les épidémies, il prolifère à une allure très rapide, nettement supérieure à la vitesse des politiques de recasement.
Et surtout, un bidonville est une zone de non-droit. Le samedi 2 août, les autorités de la ville de Casablanca avaient donc raison de déclencher une opération musclée dans le bidonville Bachkou où les surélévations réalisées par les habitants – évidemment sans autorisation – constituaient une menace pour leur propre sécurité. Mais cette opération appelle différentes remarques :
– elle est intervenue trois jours après le discours du Trône qui évoquait ce sujet avec fermeté ; les habitants ne comprennent pas qu’on leur donne un délai aussi court pour démolir des constructions «tolérées» depuis quatorze ans ;
– le discours royal évoquait également les solutions de recasement : où sont-elles ?
– et quid des responsabilités ? Ceux qui se sont enrichis sur les bidonvilles et l’habitat insalubre sont nombreux. Jamais ces bidonvilles n’auraient proliféré avec une telle vitesse sans des complicités bien placées