Une méga stratégie pour la filière de la construction est en préparation

Les représentants des principaux secteurs de la construction réunis pour négocier avec 6 départements ministériels afin de mettre en place des mesures de redynamisation de la filière dans son ensemble.

C’est peut-être un mouvement inédit qui s’enclenche dans la filière de la construction. Plutôt que d’approcher chacun de son côté l’Exécutif afin de le convaincre de mettre en place des mesures pour redynamiser leurs secteurs, les professionnels, regroupant les promoteurs immobiliers, les entreprises du BTP et les industriels des matériaux de construction, unifient leurs voix. 

Dans une étonnante discrétion, les présidents des fédérations représentant les principaux métiers de la construction ont entamé depuis le mois de février dernier une série de réunions avec les membres du gouvernement pour la mise en place d’un plan national de redynamisation des secteurs de la construction. 

Pour se faire une idée de l’envergure de l’initiative, précisons que pas moins de 6 départements ministériels y sont impliqués, à savoir l’Industrie, l’Intérieur, les Finances, l’Equipement, l’Habitat et l’Urbanisme, apprend-on auprès d’une fédération participant à l’effort. Côté professionnels, la mobilisation est tout aussi conséquente et l’ambition est même d’impliquer tout le monde. Ainsi, en plus des promoteurs immobiliers (FNPI), les entreprises du BTP (FNBTP), les cimentiers (APC) et la Fédération des matériaux de construction (FMC), l’ambition est aussi d’intégrer d’autres parties tels que les ordres des architectes et des ingénieurs géomètres-topographes ou encore les cabinets de conseil et d’ingénierie en matière de construction. L’on se doute bien que tous ces métiers ont chacun leurs priorités et c’est à dessein que, dans le cadre des échanges avec le gouvernement, l’idée est de constituer une union ou une interprofession où, tout en gardant chacun sa spécificité, ils vont unir leurs efforts pour relancer la filière de la construction dans son ensemble. 

Un cabinet de renommée internationale pour mener l’étude

Plus que les premières réunions, les parties prenantes semblent aussi déjà s’être mises d’accord sur certains points. Les ministres et les organisations professionnelles de la filière de la construction convergent ainsi sur le lancement d’une étude d’envergure qui devrait déboucher sur une vision stratégique à long terme et un plan déjà baptisé «Maroc Construction 2030». L’ambitieux objectif à travers le tout est de réhabiliter les secteurs de la construction et de les projeter dans le futur. Vu l’ampleur de la tâche, l’on ne s’étonnera pas de savoir qu’il a d’ores et déjà été décidé de choisir un cabinet de renommée internationale pour mener l’étude.

Les choses ne devraient vraisemblablement pas s’éterniser avant que l’on passe à l’action. L’on se donne en effet pour objectif de faire le tour des opérateurs, des ministères concernés, des fédérations et associations professionnelles impliquées d’ici la fin de l’année. Un consensus s’est également constitué autour du chef de file, à savoir le ministère de l’industrie qui devra initier l’étude et choisir le cabinet, sachant que les autres départements se sont engagés à faire partie du comité de pilotage de cette étude. 

L’actuelle situation préoccupante de la filière de la construction explique sans doute la réactivité du gouvernement. Rappelons à ce titre que la baisse de régime vécue depuis 2012 s’est traduite par la destruction nette de 30 000 emplois par an, alors qu’elle en créait plus de 50 000 en moyenne annuelle. Pour sûr, il serait difficile pour l’économie nationale de se passer durablement de la filière pour créer des emplois. «Le secteur est déjà le deuxième employeur après l’agriculture, et possède un fort potentiel de création d’emplois, surtout qu’ils ne demandent pas une grande qualification ; ce qui permet d’intégrer des dizaines de milliers de citoyens à l’économie et à un revenu régulier», éclaire-t-on auprès des fédérations professionnelles. On va même jusqu’à faire une comparaison avec d’autres filières en précisant que «la filière de la construction n’obéit pas aux effets de la conjoncture internationale comme peuvent l’être les «métiers mondiaux du Maroc» tels l’aéronautique, l’offshoring ou l’automobile».

Quoi qu’il en soit, la mutualisation des actions des professionnels est en soi bénéfique, sachant que quelques métiers sont individuellement entrés dans des échanges avec le gouvernement ces derniers mois pour favoriser leur relance ; ce qui peut faire craindre une dispersion des efforts.     

Mutualisation des actions des professionnels

En effet, la FMC a signé en avril 2014 une convention-cadre de partenariat avec les ministères de l’industrie et de l’équipement pour la création d’écosystèmes industriels de valorisation des matériaux de construction autour de l’exploitation des carrières, dans le cadre du plan national d’accélération industrielle 2014-2020. Depuis, l’élaboration des études pour la mise en place de ces écosystèmes a bien avancé. Ceux-ci devraient prendre place au niveau des carrières de Benslimane. Il faudrait aussi préciser que les ensembles à créer étaient envisagés initialement autour des filières de valorisation des déchets au sein des cimenteries et ont été élargis par la suite à l’ensemble du secteur des matériaux de construction impliquant les associations membres de la FMC.

Les promoteurs immobiliers aussi y sont allés de leur initiative personnelle en obtenant une réunion avec plusieurs départements ministériels et les banques autour de la problématique du financement du secteur de l’habitat, laquelle fait elle-même suite à une réunion de crise tenue en mars dernier avec plusieurs membres du gouvernement. Selon les dernières évolutions livrées par la FNPI, des mesures d’amélioration des modalités d’octroi des crédits (quotité de financement, taux d’intérêt, durée de crédit…) pourraient s’en suivre prochainement en fonction de l’évolution de la situation du financement immobilier.