Un rêveur présent sur tous les fronts
19 janvier 2007
Lavieeco (25789 articles)
Partager

Un rêveur présent sur tous les fronts

Homme d’affaires, acteur majeur
du microcrédit, militant de l’action citoyenne, il est de tous les
débats.
Après à peine un an de salariat, il monte son entreprise. Outre
Shem’s,
il est à l’origine d’Afric photogravure, Alif, Public’s
et Archipel.
Fonceur, il ne jure que par l’Homme et affirme être heureux.

Noureddine Ayouch par-ci, Noureddine Ayouch par-là, l’homme aux multiples casquettes fait beaucoup parler de lui. En bien et en mal. Il faut dire que lorsqu’on est à la tête d’un groupe de communication, que l’on affiche une fibre sociale en gérant un empire de 1 600 personnes dédié au microcrédit et lorsque l’on mène de surcroît une gigantesque opération citoyenne en vue des élections 2007, on ne peut échapper aux critiques. L’homme en est conscient, mais, dit-il, ceux qui me critiquent n’ont qu’à en faire autant. Alors il fonce et il a sa bonne conscience pour lui.

Mais, surtout, Ayouch est un homme heureux et il le crie sur les toits ! Et, insiste-t-il, ce n’est pas à l’argent qu’il doit son bonheur ! Du reste, il affirme n’avoir jamais envisagé la richesse comme objectif. «La vraie, la seule fortune, celle qui est inépuisable et pas du tout volatile est celle du cœur et de la passion. Et tout ce que j’ai entrepris se fonde sur des coups de cœur». S’il est vrai qu’un homme d’affaires fait toujours sourire quand il parle de générosité ou se met en tête de s’occuper de lutte contre la pauvreté, dans le cas de Noureddine Ayouch, on décèle de la sincérité. Son implication dans le microcrédit en est une illustration frappante. Zakoura est la seule association dans son domaine qui est le fait d’une seule personne physique.

Même s’il est issu d’une famille aisée, Noureddine Ayouch se défend d’être né avec une cuillère en argent dans la bouche. D’ailleurs, il n’a rien demandé à ses parents quand il a créé Shem’s, sa première agence de publicité, en 1972. Il avait alors emprunté 10 000 DH à un ami pour louer un appartement de 60 m2 au boulevard d’Anfa pour un loyer de 250 DH par mois.

Mais ne brûlons pas les étapes. Noureddine Ayouch, né en 1945 à Fès, est l’aîné de ses six frères et sœurs. Son père est un négociant en fruits et légumes qui investissait aussi dans l’immobilier, et sa mère est femme au foyer. Ayouch fait ses études primaires et secondaires dans sa ville natale. Après un Bac lettres françaises en 1967, il s’envole pour Paris où il préparera une licence puis une maîtrise en sociologie. Ensuite, il obtient des diplômes successivement à l’Université du théâtre des nations et à l’Institut d’études théâtrales à la Sorbonne. Il vit en direct la «révolution» de Mai 1968. Un de ses auteurs préférés de l’époque (c’est encore le cas) est Berthold Brecht et son attirance pour les arts ne se démentira jamais puisqu’il est de tous les festivals de musique, de théâtre ou de cinéma, que ce soit en Europe ou ailleurs.

Il passe moins d’une année dans son premier job qu’il quitte pour créer sa première entreprise
Quand il revient au pays, il est recruté par l’agence Havas comme responsable du service marketing. Il y étouffe et, en moins d’une année, il reprend sa liberté mais le virus de la communication aura fait son œuvre. A preuve, alors qu’il s’était mis en tête de créer une maison de la culture, au lieu de cela, c’est l’agence Shem’s qui voit le jour. Au bout du premier exercice, la nouvelle-née est déjà la deuxième agence du pays et, l’année suivante, elle caracole devant les autres. A l’issue du premier exercice, il réalisera un bénéfice de 300 000 DH dont il distribue une partie au personnel, une tradition qu’il perpétue à ce jour, alors que Shem’s emploie aujourd’hui 60 personnes et réalise un chiffre d’affaires qui dépasse les 200 MDH. Le secret de la réussite ? Pour lui, le vrai capital d’une entreprise est la créativité, et l’homme est la valeur fondamentale qui transcende toutes les autres. Nourreddine Ayouch épouse sans la moindre réserve le fameux postulat de Jean Jacques Rousseau : l’homme est bon et il suffit de l’encourager et de reconnaître son talent pour qu’il donne ce qu’il y a de mieux en lui. Dès les premières années, il marque le monde de la communication en introduisant la bande dessinée dans ce qu’on appelait alors la «publicité». On se souvient encore des spots comme «Ana Limouna» ou encore «Laflouss Laflouss !», porté par la voix d’un jeune acteur de l’époque qui a pour nom Hamidou.

Il dit que l’argent n’a jamais été sa source de motivation
Pour Nourreddine Ayouch, l’argent n’a jamais été une finalité. Il s’en explique : «Quand, en 1974, j’ai loué la villa où Shem’s est encore installée, je savais que cette partie de la ville allait devenir une zone “immeubles”. Et j’avais les moyens de l’acquérir pour 190 000 DH. Mais je m’en suis abstenu, autrement je me serais embarqué dans ce qui est contraire à mes convictions profondes, œuvrer pour réhabiliter l’homme et essayer d’offrir des possibilités d’insertion ou de réinsertion aux démunis et aux exclus».

La vie de Noureddine Ayouch est riche de plusieurs projets. Il y a Shem’s, puis toutes les autres entreprises qui naissent dans son sillage(Afric photogravure, Alif, Public’s, Archipel), Kalima, la revue féminine suspendue en 1986 – décision politique qui lui fait perdre près de 3 MDH.

L’autre versant non lucratif, c’est Zakoura microcrédit, Zakoura éducation non formelle, la Fondation des arts vivants et, tout récemment, l’Association 2007 Daba qu’il préside et qui milite pour réconcilier les jeunes et les femmes avec la politique. Il est aussi parmi les fondateurs de Transparency Maroc, du collectif Démocratie et modernité…

Le pas alerte, le cœur léger, le verbe facile et le sourire humble, Noureddine Ayouch est de toutes les initiatives. Un homme étonnant car il allie deux choses apparemment opposées : porter des rêves et agir sur la réalité chaque jour. Il déteste l’oisiveté et, même quand il prend des vacances, il ne se déconnecte de l’action que pour quelques jours. La raison de son succès ? Elle est simple : il n’a jamais couru après !