Un Maghrébin plein d’ambitions à la tête d’Alstom Transport Maroc

Après une vingtaine d’années passées à Paris, ce quadragénaire tunisien a pris depuis avril dernier les commandes d’Alstom Transport Maroc. Il a pour mission de poursuivre l’exécution des projets en cours mais lorgne également les projets de RER et de tramway prévus dans d’autres villes. Il veut développer une base industrielle au Maroc pour servir le marché africain.

Pur produit du géant français des systèmes de transport ferroviaire Alstom, Brahim Soua a été propulsé à la tête de la filiale marocaine en avril 2016. Ayant succédé à Thi-Mai Tran, qui a passé près de 6 ans à diriger Alstom Transport Maroc, il est le premier Maghrébin (Tunisien) à accéder à ce poste basé à Casablanca. On considère au sein d’Alstom Transport qu’il a le profil idoine pour le Maroc. «Etant donné son passé dans l’industrie, il saura accompagner la transition industrielle du Maroc et répondre aux attentes du pays dans ce domaine», témoigne Alexandre Habib, responsable des relations publiques et marketing stratégique chez Alstom Transport Maroc.

Ingénieur de formation, Brahim Soua est lauréat de l’Ecole nationale supérieure d’arts et métiers ParisTech. Il a commencé sa carrière chez Alstom Transport en 1997, tout juste après l’obtention d’un PhD en structures et matériaux de l’Ecole nationale des Ponts et chaussées.

A partir de sa position à Paris, il débute par la gestion de projets industriels, notamment aux Etats-Unis et en France. Il évoluera plus tard dans des postes de management. «J’ai été en charge de la qualification de la fourniture d’Alstom pour Acela, le train à grande vitesse pendulaire destiné au marché américain reliant Boston, New York et Washington. C’était mon véritable premier projet industriel pour lequel j’ai passé plusieurs mois aux Etats-Unis», indique Brahim Soua. De retour en France, il se charge de la qualification du matériel roulant. Mais l’une de ses plus grandes fiertés reste, sans doute, sa participation, en avril 2007, au projet de record du monde du train sur rail ayant atteint 578,4 km/h. «Cela nous a permis une vraie évaluation, sous conditions extrêmes, de la performance de nos équipements de série», précise-t-il. Brahim Soua n’a pas manqué de nous montrer les preuves écrites de cet «exploit». Venu de Paris muni des documents officiels d’Alstom : brochures, catalogues et rapports des projets du géant français, Brahim Soua veut, avec cette démarche, familiariser ses équipes marocaines au «monde» d’Alstom Transport. Mais pour l’instant, il planche déjà sur les dossiers urgents de la multinationale au Maroc. Ainsi, après la livraison de la dernière rame du TGV le 11 juillet dernier à Tanger, le fournisseur de l’ONCF a achevé depuis quelques jours l’assemblage des deux dernières. «Mais les plus importantes opportunités à venir demeurent les tramways pour les nouvelles lignes de Casablanca. On s’attend à une commande estimée à une centaine de tramways pour les lignes 3 et 5 en plus de 20 trams supplémentaires nécessaires au projet d’extension de la ligne de Rabat», affirme-t-il.

Même si Alstom Transport est le seul fournisseur de matériel roulant pour les lignes de tramways de Casablanca et Rabat et pour la LGV, le géant français perd des parts de marché dans d’autres domaines, notamment la signalisation. «Depuis 5 ans, on a perdu des contrats importants dans la signalisation. Notre part de marché est inférieure à 10% dans ce domaine», déplore le DG d’Alstom Transport. Toutefois, une opportunité reste à saisir dans la maintenance et éventuellement le RER. En outre, le tramway de Fès, Agadir et potentiellement Marrakech (même si la ville ocre a choisi les bus électriques chinois) intéressent également Brahim Soua. «Rien n’empêche Marrakech de se doter des deux moyens de transport. Je ne désespère pas de voir un tramway la sillonner», nous confie Brahim Soua qui rêve d’un métro à Casablanca et à Rabat. L’ambition de cet homme de terrain, dit très diplomate, est d’estampiller l’infrastructure de transport au Maroc de la marque Alstom.

Il veut moins d’expatriés chez Alstom Transport Maroc

Mais les aspirations du DG d’Alstom Transport Maroc ne sont pas que commerciales. Elles sont aussi industrielles. Alstom fait déjà appel à des fournisseurs locaux pour les pièces dédiées aux tramways. «Aujourd’hui, la part marocaine dans le tramway est de 15%, répartie entre les pièces achetées et le project management qui peut atteindre 20 à 25%. Dans ce cadre, nous organisons à la rentrée un supplier day. L’expérience précédente a permis d’auditer 300 fournisseurs marocains de matériel électrique dont on a retenu 22. L’idée est de développer plus tard une base industrielle au Maroc pour servir le marché africain qui aura sûrement un jour ou l’autre besoin d’infrastructures de transport», explique-t-il. L’expérience de Brahim Soua dans le transfert de technologies lui sera utile dans cette mission. «En Inde, à titre d’exemple, on a créé une usine complète pour les métros. Nous avons assuré un transfert de technologie complet, incluant les process industriels d’Alstom et la formation des opérateurs dans les usines françaises», explique-t-il.

Dans l’attente d’un tel projet dans le Royaume, ce quadragénaire aspire à élargir les horizons d’Alstom Transport au Maroc et former ses hommes de demain. «Le jour où je serai arrivé au bout de ma mission au Maroc, ma satisfaction serait d’avoir contribué un tant soit peu aux projets d’infrastructures d’un pays où je me sens bien», avoue M.Soua. Alstom Transport Maroc est aujourd’hui constituée de 360 personnes, marocaines à 95%, réparties sur 6 sites. «Avec un profil technique, cet ingénieur qui parle notre langue est curieux de connaître le pays dans ses moindres aspects», témoigne Maria Chafik, chargée de gestion des RH chez Alstom Transport Maroc.