Un an pour avoir une Porsche Cayenne, 4 mois pour un Dacia Duster !

La croissance du marché, plus importante que prévu, a entraîné des délais de livraison plus importants. Nouveaux modèles, couleurs inédites sur le marché, options…, des facteurs qui augmentent le temps de livraison.

Vous avez envie d’acheter une voiture ? Vous avez fait votre choix et réglé le problème du financement ? Eh bien, il faut savoir que, malgré tout, il est fort possible que votre véhicule ne soit livré que quelques mois après la transaction. Ces derniers mois, nombre de concessionnaires ont du mal à livrer à temps leurs clients.
Exceptées quatre ou cinq marques, le phénomène touche la plupart des concessionnaires, quels que soient l’origine et le segment des véhicules. La raison est simple: après trois années de crise, le marché mondial automobile a repris vigoureusement, et encore plus au Maroc où la demande était, à fin mai, en hausse de 8%.  Résultat : les concessionnaires ont dû revoir leurs prévisions et leurs commandes se sont heurtées au nécessaire arbitrage que font les constructeurs entre marchés régionaux et même pays.
Si un client décide d’acheter une Porsche Panamera, par exemple, il doit désormais savoir qu’il ne sera livré qu’à partir de décembre, voire janvier prochain. Auprès du revendeur officiel de cette prestigieuse marque, on fait tout simplement savoir que les ventes de la marque pour l’année 2011 sont déjà bouclées. Il faut donc passer la commande pour l’année prochaine. Si le choix est porté sur le 4×4 Cayenne, le délai d’attente sera plus long. On ne pourra pas la conduire avant février ou mars 2012. «Le concessionnaire marocain a des allocations bien déterminées et aucune commande supplémentaire ne peut chambouler le programme de livraison», explique un cadre commercial de la maison.
Chez la Centrale automobile chérifienne (CAC), ce n’est pas la seule marque qui souffre de délais de livraison allongés. Pour avoir certains modèles Audi, qui ont connu un succès remarquable au Maroc ces derniers temps, il faut patienter deux à quatre mois. Il en est ainsi pour certaines versions de la A8 et de la A6. Pour ce dernier modèle, le diesel 2 litres n’est livré que trois mois après la commande. Pour le 4×4 Q5, il faut attendre quatre mois.

Les nouveautés sont encore plus touchées

Ce retard n’est cependant pas spécifique aux marques de luxe. Les autres marques en pâtissent également. Le numéro 1 du marché national, Dacia, est en train de vivre le même problème. En particulier avec son crossover Duster qui fait des ravages ces jours-ci. Pour disposer du véhicule, que ce soit en version 4×2 ou 4×4, il faut accomplir les formalités de vente et patienter trois ou quatre mois avant d’en disposer, contre une semaine pour le Sandero et la Logan produits localement. C’est que le modèle qui cartonne actuellement au Maroc a du succès également dans plusieurs pays, dont la France. Or, «les Duster sont produits dans une seule usine installée en Roumanie avant d’être répartis, selon les commandes, aux différents marchés du monde», précise un cadre commercial de Dacia. Cette situation pourra cependant s’améliorer dès l’année prochaine avec l’ouverture à Tanger de la méga-usine de Renault qui, espère-t-on, fabriquera le modèle en question. Autre facteur de retard, celui de la couleur. Au Maroc, de plus en plus on ose le blanc, ce qui n’était pas prévu par les concessionnaires qui avaient plutôt misé sur le traditionnel gris, noir ou bleu foncé.
Le délai d’attente relativement long touche aussi un autre modèle du groupe français, la Renault Megane.
Elle figure parmi les modèles les plus vendus au Maroc de la marque au losange et n’est disponible que quarante jours au minimum après la transaction. Seul sera servi sur le champ le client qui choisit une version moins demandée par la clientèle (la plus chère de la gamme car offrant toutes les options ou dans une couleur peu demandée…). Les Clio II souffrent moins de ce problème ; mais pas question d’espérer une livraison sur le champ. Le délai d’attente est d’au moins dix jours, les commerciaux indiquent souvent à la clientèle que «les arrivages au port» sont prévus dans «les jours qui viennent», sans précision.
Les marques asiatiques ne sont pas épargnées non plus. Nissan fait patienter ses clients un à deux mois pour l’acquisition du Qashqaï, notamment la version très demandée en diesel. La aussi, «les couleurs noir et blanc sont une denrée rare», souligne un commercial.
Et si un client mécontent opte pour un 4×4 asiatique d’une autre marque, comme le Sportage de Kia par exemple, devra attendre trois mois pour être livré, et encore ! Il doit s’estimer heureux car le phénomène étant international, le délai d’attente pour le même produit est d’un an en Italie.
Il faut dire que le phénomène affecte en premier lieu les modèles dont le lancement est récent. C’est connu, les consommateurs de voitures raffolent des nouveautés et les concessionnaires affichent souvent une prudence au début pour ne pas se retrouver avec des stocks sur les bras, le temps de tester l’accueil réservé par le marché au nouveau produit. «La plupart des clients cherchent à rouler sur un modèle qui vient d’être mis sur le marché», nous disent les commerciaux que nous avons rencontrés en concessions. Comme la nouvelle génération de Sportage ou de Qashqaï, les nouvelles Ford Mondeo et Fiesta font les frais de leur succès sur le marché local. Le délai de livraison pour ces modèles de Ford est d’un mois.

Les constructeurs imposent un quota et un package diversifié

En réalité, les concessionnaires jouent constamment à l’équilibriste. L’approvisionnement du marché dépend de constructeurs internationaux qui ont un planning établi en fonction de la demande de leurs représentants à travers le monde. Celui-ci répond donc à plusieurs critères dont le positionnement géographique, le poids du marché, la stratégie du groupe, l’emplacement des unités de production… La livraison dépend ainsi des discussions entre le constructeur et le concessionnaire. Et là, plusieurs éléments pèsent dans la négociation. «On nous impose un quota et un package composé de produits diversifiés en termes de motorisation et de couleurs de manière à inciter la commercialisation de toute la gamme du constructeur» , explique un cadre commercial de Nissan. Il arrive même que certaines finitions, modèles et couleurs ne soient tout simplement pas prévus pour un marché.
Or, en 2011, les constructeurs eux-mêmes doivent faire face à une conjoncture difficile. D’une part, ils doivent répondre à une demande mondiale de plus en plus forte, et, d’autre part, ils sont exposés à une production en baisse considérable (voir encadré). Le marché marocain n’a pas été en reste. Ces perturbations expliquent en partie ces délais d’attente longs pour livraison de véhicules chez les concessionnaires locaux. Les difficultés de production à l’échelle mondiale et les perturbations des approvisionnements sont certes la cause majeure. Mais elles ne sont pas les seules, car en même temps, un autre facteur, interne celui-là, a davantage compliqué les choses. La demande locale est à son plus haut niveau. On assiste aujourd’hui à une ruée sur les voitures. Les chiffres ne le montrent pas assez, justement en raison de ce phénomène d’incapacité des concessionnaires à répondre à temps aux besoins des clients. N’empêche que les ventes à fin mai sont en hausse de 9% (voir La Vie éco du 10 juin 2011). Le foisonnement des nouveautés sur le marché de l’automobile, les offres de financement diversifiées et les actions marketing de plus en plus développées des concessionnaires ont motivé les consommateurs. Et la mutation radicale du comportement de consommation de la société marocaine ainsi que les mesures de restriction vis-à-vis des importations de voitures d’occasion entreprises par les pouvoirs publics n’ont que favorisé cette tendance. Cela s’amplifie en cette période pré-vacances où les ménages ont une propension à renouveler leur voiture avant d’aller en congé.