Promotion : les Conseils régionaux du tourisme exigent plus de moyens

L’ONMT, plus grand contributeur au budget de promotion des CRT, verse souvent sa dotation avec beaucoup de retard. Son budget est toujours de 550 MDH, alors qu’il devrait atteindre 2 milliards si on tient compte du standard de l’Organisation mondiale du tourisme. Les CRT exhortent les professionnels à participer à la promotion de leur région.

Les Conseils régionaux du tourisme (CRT), créés pour la promotion et le développement du tourisme à partir de 2000, n’en finissent pas de protester contre le manque de moyens financiers qui les oblige à décaler ou à geler la mise en œuvre de leur plan d’action. Et pour cause, leur principal pourvoyeur de fonds, l’Office national marocain du tourisme (ONMT), tarde souvent à leur verser sa contribution (celle des régions, des conseils de la ville et des conseils préfectoraux est irrégulière).

S’agit-il d’un simple problème de bureaucratie ? «Nous avons certes demandé une facilitation des procédures administratives. Mais l’insuffisance de la subvention de l’office reste le plus grand frein. Nous obtenons généralement 30% de ce que nous demandons», remarque Yassir Jawhar, directeur délégué du CRT de Fès. Le budget de l’ONMT s’élève à près de 550 MDH (y compris la taxe touristique de promotion touristique et la taxe aérienne) alors que l’Organisation mondiale du tourisme préconise l’équivalent de 3% des recettes touristiques. Si l’on tient compte des 73,15 milliards de DH encaissés en 2018, le budget devrait être de 2,2 milliards de DH environ. Avec une telle somme, l’ONMT, qui s’occupe depuis 2002 des activités de promotion et de l’image du Maroc à l’étranger, aurait pu faire mieux.

Soutien des professionnels au CRT de l’Oriental

Nos différents appels à l’office sont restés sans réponse. Les CRT, quant à eux, disent souffrir des retards de versement. Selon Youssef Zaki, président du CRT de l’Oriental, les prestataires engagés pour l’élaboration du site web de la région, du film institutionnel, ainsi que les brochures et flyers pour la promotion de la destination en 2017, attendent toujours d’être payés. «Le plan d’action 2018 qui comprend la réalisation de capsules vidéo, d’affiches de la région, de guides des circuits touristiques en trois langues, de reportages, d’application mobile, de rafraîchissement du site officiel et de promotion de nos atouts touristiques sur les réseaux sociaux coûtent environ 2,8 MDH. Nous n’avons reçu la validation du plan d’action qu’en novembre 2018, alors qu’on nous demande de consommer ces budgets avant la fin de 2018. Nous avons finalement choisi d’arrêter tous nos programmes et de chercher une solution afin de payer les prestataires», déplore-t-il. C’est justement à cause de l’inexistence d’outils de promotion et de communication que la participation de la région aux salons du tourisme ITB de Berlin et Mitt Moscow 2019 a été annulée. Par contre, le CRT a pu monter un stand de 60 m2 au salon de Bruxelles avec l’aide des professionnels (Société de développement de Saidia, agences de voyage, hôteliers et l’Agence pour l’aménagement de la lagune de Marchica), qui ont financé les 300 000 DH de frais de participation (location de stand, billets d’avion, animation et hébergements compris).

«Nous ciblons dorénavant quatre salons dans lesquels nous souhaitons participer avec le soutien de la région, dans nos marchés cibles que sont le Portugal, l’Espagne, la Belgique et la France. Cette démarche a davantage d’impact qu’une participation à un grand salon classique sous l’enseigne Visit Morocco», explique M. Zaki. Une démarche en cohérence avec le vœu de l’office qui avait, en 2017, incité (voir www.lavieeco.com) les CRT à participer aux salons internationaux sous leur marque régionale. Ses responsables disaient alors privilégier le digital pour les actions à vocation nationale. Il se trouve que, dans le fond, la stratégie de promotion de l’office ne semble pas avoir beaucoup évolué. La preuve en est qu’il a porté, lui-même, la participation du Maroc aux salons du tourisme BIT de Milan et ITB Berlin.

Marrakech mieux traitée

Pour Rabat-Salé-Kénitra, la subvention allouée par l’office est vitale pour cette région où les professionnels ne contribuent pas. «Le budget alloué par l’ONMT couvrent 70% du total de nos dépenses. Tant que les hôteliers réaliseront des taux d’occupation satisfaisants, ils estimeront que le besoin de promotion ne se fera pas sentir alors qu’en vérité ils bénéficient de ses retombées à travers nos outils de promotion, entre autres les brochures, le site institutionnel et les réseaux sociaux. L’arrivée de la concurrence, notamment de l’hôtel View et prochainement du Fairmont Rabat Salé, du Ritz Carlton et du Mariott, les incitera certainement à participer», déclare Nadia Benslimane, directrice du CRT de Rabat Salé. Le budget annuel est estimé à 1,5 MDH dans le cadre de la convention de partenariat signée avec l’office. Le plan d’action 2019 s’articule autour de l’augmentation de la visibilité de la région à l’international via l’animation des réseaux sociaux, la présence dans les foires, salons et workshops et le lancement de la marque Rabat avec une identité visuelle de la région en se basant sur l’intelligence artificielle.

Le CRT de Fès qui pâtit également d’un retard des subventions de l’ONMT perçoit, pour sa part, 2 MDH de la région (dont 600 000 DH pour Meknès en attendant la création du CRT de la région Fès-Meknès), 600 000 DH du Conseil de la ville et 400000 DH du Conseil préfectoral. «En 2017, l’ONMT nous a accompagnés avec un budget de 2,5 MDH destiné aux outils de promotion digitaux, aux applications de géolocalisation et autres… Mais dès la création du CRT de la région, nous aurons besoin d’une augmentation significative du budget», déclare Yassir Jawhar, directeur du CRT.

Marrakech, première destination touristique du Royaume, bénéficie, elle, d’un budget de promotion de près de 15 MDH dont la moitié est apportée par l’ONMT. C’est légitime pour cette ville qui draine 35% des nuitées et 31% des arrivées du Royaume. Les autres régions voudraient quand même être mieux traitées qu’actuellement.

L’ONMT prend en charge les dépenses liées aux plans d’action des CRT (site institutionnel, capsules promotionnelles, éductours au profit d’agents et de TO européens, voyages de presse…). Ces plans d’action sont soumis chaque début d’année à l’approbation de l’office. Plusieurs aller-retours sont nécessaires pour la modification et la validation des plans d’action qui n’est souvent acquis qu’au troisième trimestre pour un budget devant être consommé avant la fin de la même année. A ce jour, les plans d’action de 2019 n’ont toujours pas été validés.