Tissu d’ameublement : les importations via la Mauritanie inquiètent les industriels

La destruction de Souk Larbaà¢, ex-temple du tissu d’ameublement importé en contrebande ou fabriqué par des unités informelles, risque d’avoir un effet limité. Un à  deux containers sont introduits deux à  trois fois par semaine dans le Sud du pays.

Le célèbre Souk Larbâa du quartier casablancais Sbata n’existe plus. Il a été totalement rasé en octobre 2013. La destruction de ce souk, qui se tenait tous les mercredis et qui était dédié au tissu d’ameublement importé en sous-facturation ou produit par des unités informelles implantées dans les environs, est saluée par les industriels.

«C’est un grand soulagement pour nous car ce souk a porté un grand préjudice aux unités structurées au point que certaines ont même mis la clé sous le paillasson !», indique un industriel de la place. Le tissu y était vendu entre 20 et 35 DH le mètre contre 60 à 70 DH dans les magasins de Derb Omar.

Les commerçants structurés obligés de casser leurs prix

Cela dit, les industriels ne sont pas du tout rassurés car, expliquent-ils, «le marché du tissu d’ameublement demeure perturbé par des importations en sous-facturation en provenance de Chine et de Turquie qui sont écoulés dans le réseau organisé, notamment à Derb Omar, à des prix défiant toute concurrence». En effet, pour les tissus chinois, en général des produits d’entrée de gamme, on enregistre un décrochage de prix de l’ordre de 50%.

Alors que les tissus de moyenne gamme en provenance de Turquie sont vendus 10 à 15% moins cher que la production locale. Celle-ci est estimée à 3 millions de mètres/an par l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith).

En revanche, l’association n’avance aucun chiffre précis sur les importations en sous-facturation. Pour les industriels et les commerçants de Derb Omar, elles seraient de l’ordre de 100 000 mètres par mois. Soit 1,2 million de mètres par an ou la moitié de la production locale.

Pour ne rien arranger, du tissu chinois en quantité non négligeable commence à rentrer au Maroc par Dakhla via la Mauritanie. Selon les premiers constats, un à deux containers arrivent deux à trois fois par semaine au Sud du pays. «C’est un phénomène qu’il ne faut pas prendre à la légère car il représente une menace sérieuse pour nous autres producteurs», indique un industriel de Casablanca.

«Les services douaniers ont été sensibilisés à ce problème et nous pensons que les contrôles nécessaires seront effectués car durant ces dernières années plusieurs actions ont été menées dans ce sens par l’administration afin de maîtriser les pratiques frauduleuses», ajoute-t-il.  Par contre, les industriels estiment que les importations en provenance d’Espagne et transitant par Nador et Melilia sont beaucoup moins inquiétantes. Essentiellement écoulées dans les souks de «Foum Lahssan» à Hay Mohammadi et de «souk lkelb» à Salé, ces importations portent sur des volumes limités car il s’agit en général de fin de séries et de tissus plutôt destinés à la confection de canapés et autres fauteuils alors que ce qui fait le plus mal aux industriels, ce sont les tissus appelés «telmet» destinés au salon marocain qui constituent, soulignent les professionnels, le cœur de leur activité.

Pour faire face à cette concurrence, un grand nombre d’opérateurs locaux se sont alignés sur les prix des produits turcs et chinois. D’où la baisse constatée actuellement des prix dans les divers commerces.
Ainsi, le prix du tissu de moyenne gamme est passé de 150 à 70 DH le mètre. Pour les articles d’entrée de gamme, le prix de vente n’excède pas les 30 DH le mètre. Même si cet alignement induit une régression conséquente de leurs chiffres d’affaires, les industriels n’hésitent pas à l’opérer, évitant, disent-ils, un arrêt de leur activité.