Textile : les exportations toujours en hausse

Les exportations de vêtements confectionnés et de bonneterie atteignent 4,9 milliards de DH à fin février. Les entreprises continuent de pâtir des marques low cost et de la contrebande venant des frontières Sud. Les industriels s’emploient à garder davantage de valeur ajoutée dans le pays.

L’année 2019 commence sous de bons auspices pour le secteur du textile. Les exportations de vêtements confectionnés ont augmenté de 2,5% pour atteindre 3,7 milliards de dirhams à fin février 2019. Les articles de bonneterie ont, pour leur part, connu une amélioration de 4,6% à l’export pour plafonner à 1,2 milliard de DH. «Cela fait sept ans que l’export de textile est en croissance. On est passé de 30 milliards de DH en 2010/2011 à 38 milliards en 2018. Nous avons atteint, voire dépassé tous les objectifs, y compris les emplois créés qui culminent à 79 300 (soit 20% du total de création d’emplois dans le cadre du programme d’accélération industrielle (PAI)). Le secteur exporte vers plus de 75 pays. Sur les 38 milliards, 2 milliards de DH ont été réalisés en Afrique», déclare Mohamed Tazi, directeur général de l’Association marocaine des industries de textile et d’habillement (AMITH).

Cependant, le secteur aurait pu faire mieux, notamment avec une amélioration de l’environnement des affaires et de la croissance. L’AMITH se penchera d’ailleurs sur le sujet lors des Assises de la fiscalité. «Toujours est-il que nous avons amélioré notre expertise dans plusieurs domaines. Des dispositifs ont été lancés pour aider à l’émergence de projets dans l’amont du textile…», précise M. Tazi. Aujourd’hui, les grands donneurs d’ordre du Maroc demeurent la France et l’Espagne. Certains industriels se réjouissent d’une reprise des commandes de la part de donneurs d’ordre français. Mohamed Berrada, DG de CIB (Compagnie industrielle de bonneterie), disposant de deux sites de production à Casablanca, est optimiste quant aux prévisions de croissance en 2019 grâce notamment à ses clients français.

Un marché local dans les mains des marques étrangères et de la contrebande

Globalement, les exportations se développent également vers le Portugal, un champion du fast-fashion mondial, qui dispose de plateformes communes avec le Maroc pour servir le géant espagnol Inditex. Dans ce domaine, l’objectif de l’AMITH est de créer ses propres plateformes d’export locales pour garder la valeur ajoutée dans le pays. Par contre, le marché britannique a accusé une baisse à cause du Brexit. Cette situation illustre que la spécialisation dans ce seul marché constitue un gros risque.

La concurrence étrangère reste, elle, féroce. Mais le Maroc arrive à s’en sortir. «En effet, malgré la dévaluation de la lire turque et du dinar tunisien qui gênent les exportations marocaines alors que le dirham s’apprécie, on réalise de la croissance», se félicite le DG de l’AMITH. Par contre, au niveau local, les entreprises continuent de pâtir des importations de marques low cost et de la contrebande qui arrive des frontières Sud, par la Mauritanie, malgré le renforcement des contrôles douaniers. Cela ne décourage pas pour autant certains industriels tels que le DG de CIB qui aspire à développer sa marque de sous-vêtement Partner’s (déjà distribuée au niveau local dans la grande distribution et le difficile marché traditionnel) via un réseau de boutiques dédiées à la marque éponyme.

Avec 471 MDH réalisés à l’export durant les deux premiers mois de 2019, en baisse de 12,5% par rapport à la même période de 2017, la chaussure en cuir marocaine se porte mal. Les commandes des clients habituels s’essoufflent. «Et pour cause, le e-commerce a chamboulé les habitudes de consommation. De grandes enseignes internationales témoignent d’une baisse d’activité, les clients étant plus enclins à acheter leurs chaussures sur internet. Elles ont raté le coche du digital et sont menacées aujourd’hui de fermeture», remarque Mohamed Benamour, DG de Benson Shoes qui lance lui-même son site de e-commerce dédié au client final avec une marque et des collections propres.
Cette entreprise, positionnée dans une niche très haut de gamme et produisant 50000 paires/an, investit également le marché japonais. De même, elle développe son réseau de distribution domestique à travers l’ouverture de deux nouveaux magasins à Casablanca et Rabat. L’investissement est de 2,5 à 3 MDH hors foncier/magasin.
Le marché local conventionnel reste, pour sa part, dominé par les importations de Chine, d’Inde et de Turquie.