Tan-Tan, un port à  risques ?
17 janvier 2014
Younes Tantaoui (435 articles)
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Tan-Tan, un port à  risques ?

L’échouement du pétrolier Silver a fait ressurgir les problèmes dont souffre l’infrastructure portuaire depuis sa construction. La forte exposition du port à  l’ensablement réduit sensiblement sa disposition à  accueillir les grands navires. Avec le doublement du trafic hydrocarbure, les risques pour l’environnement augmentent.

Le pire a été évité à Tan Tan après le naufrage du pétrolier Silver. Mais plusieurs questions restent posées quant aux circonstances de cet accident et surtout sur les risques de répétition. Officiellement, on explique que le naufrage a eu lieu après que le Silver se soit retrouvé coincé dans un banc de sable à proximité du port, ce qui a exposé le navire aux vagues qui l’ont poussé vers la côte. «Une commission officielle se penche sur cette question. Elle est la seule à pouvoir déterminer les véritables circonstances de l’accident et, en attendant, toutes les explications données ne sont pas basées sur une analyse scientifique», prévient le commandant Atmani, directeur à l’ANP et responsable de l’opération de sauvetage. Néanmoins, plusieurs experts pointent du doigt l’infrastructure portuaire elle-même. En effet, à l’instar d’autres ports du Sud comme celui de Tarfaya, le port de Tan Tan est connu pour sa forte exposition à l’ensablement provoqué par les courants marins. Cette situation n’est pas nouvelle puisque dès le démarrage du port à la fin des années 80, les responsables s’étaient rapidement rendu compte du problème. «Au fur et à mesure que les travaux progressaient, le sable se répandait dans l’enceinte. L’effet ventouse était très fort», se rappelle Najib Cherfaoui, ingénieur et expert en maritime. En fait, si au départ la rade était censée s’étendre sur 80 ha, ce ne serait plus que 25 ha qui sont réellement navigables du fait de cet ensablement. Pour remédier à la situation, les autorités portuaires, en l’occurrence l’ANP, programment régulièrement des opérations de dragage. Selon le directeur du port, l’opération se fait en deux phases de 2 mois chaque année. Elle est cependant très coûteuse pour l’agence, seule à prendre en charge l’ensemble des dépenses, selon des sources bien informées. En tout, ce serait entre 300000 à 400000 m3 de sable qui sont dragués chaque année. Sachant que le coût pour chaque m3 dépasse les 30 DH, «l’opération entraîne une dépense annuelle de 10 MDH qui croît avec le temps», rapporte M. Cherfaoui.
Pour limiter la facture, les autorités avaient déjà pensé dans les années 90 à une solution définitive: la construction d’un épi de 700 m et d’un tenon de 350 m. Le premier constitue une sorte de mur faisant obstacle au sable et l’empêchant de circuler. Quant au tenon, son rôle était d’infléchir et de détourner la trajectoire du courant littoral pour qu’il rejette les sables loin du port. Ces deux constructions se sont finalement avérées inefficaces.

Des spécialistes suggèrent l’installation de bras de chargement pour les hydrocarbures

Dans ce contexte, le port de Tan-Tan, aussi stratégique qu’il puisse être pour l’économie de toute la région, est très vulnérable face aux risques environnementaux. Et pour cause, si les bateaux de pêche, qui constituent une grande partie du trafic n’ont pas trop de difficultés à accoster, il n’en est pas de même pour les grands navires de transport d’hydrocarbures. Or, cette dernière activité tend à se développer à Tan-Tan. Entre 2008 et 2011, par exemple, le trafic d’hydrocarbures dans le port a doublé, passant de 57000 tonnes à plus de 121000 tonnes, d’après les statistiques de l’ANP. Selon des sources bien informées, cette montée en puissance de l’activité d’hydrocarbures s’explique principalement par les importations en croissance des pétroliers marocains (www.lavieeco.com). Les hydrocarbures transitant ainsi par le port servent à alimenter la centrale thermique de Tan-Tan, laquelle couvre, en plus des besoins de la région, jusqu’à 60% de l’électricité de la ville d’Agadir. C’est dire finalement que le port de Tan-Tan ne peut plus se passer de son activité pétrolière. Pour les spécialistes, des investissements s’imposent en installant par exemple des bras de chargement au niveau du quai, ou des tuyaux de refoulement du fuel, qui permettraient aux navires d’éviter les zones à risque à l’entrée du port. Selon nos informations, des projets du genre pourraient être proposés par le secteur privé, notamment dans le cadre des investissements énergétiques prévus pour les années à venir.

Younes Tantaoui

Younes Tantaoui