«Sur le plan géostratégique, le Maroc est un acteur régional majeur en Afrique et dans la Méditerranée»
19 novembre 2018
Mehdi Jaouhari (207 articles)
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«Sur le plan géostratégique, le Maroc est un acteur régional majeur en Afrique et dans la Méditerranée»

Organisée lundi 19 novembre à Skhirat, la 14e édition de la Conférence de l’énergie réunit plusieurs acteurs nationaux et internationaux de premier plan du secteur énergétique. L’expérience cumulée dans le secteur énergétique et son expertise dans plusieurs domaines permettent au Maroc de jouer un rôle pivot dans la coopération internationale.

Acteur important du paysage énergétique marocain, la Fédération de l’énergie organise la 14e édition de la Conférence de l’énergie. Son président Rachid Idrissi Kaitouni est revenu pour La Vie éco sur ce grand évènement, organisé lundi 19 novembre à Skhirat, en présence du secrétaire d’Etat à l’énergie du Portugal et du secrétaire-général adjoint de l’Union pour la Méditerranée (UpM). M. Idrissi Kaitouni a mis la lumière sur la place qu’occupe le Maroc sur l’échiquier géostratégique régional. Entretien.

Vous organisez la 14e conférence de l’énergie sous le thème «Transition énergétique : Quelle géostratégie régionale à l’horizon 2050». Pourquoi cette thématique et pourquoi l’échéance 2050?
Depuis sa création en 2001, la Fédération de l’énergie avait pour coutume d’organiser annuellement une grande conférence. La dernière édition datait de 2013. Cette année, nous avons programmé la 14e édition, en partenariat avec le ministère de l’énergie et des mines et du développement durable et l’Institut royal des études stratégiques (IRES). Pour donner une dimension régionale à l’évènement, notre fédération s’est associée à l’Union pour la Méditerranée (UpM). A partir de là, il fallait opter pour une thématique en cohérence avec cette dimension. A l’évidence, la géostratégie régionale s’est imposée d’elle-même, tout comme la transition énergétique, qui a été amorcée au Maroc, sous l’impulsion de S.M.Mohammed VI, en 2009, à l’occasion des Assises de l’énergie. Je rappelle que dans le sillage de celle-ci, notre pays s’est fixé des objectifs ambitieux, comme l’augmentation de la part des énergies renouvelables pour atteindre 52% dans le mix électrique national et une économie d’énergie de 15% grâce à l’efficacité énergétique, et ce, à l’horizon 2030.
Enfin, le choix de l’horizon 2050 se justifie par la volonté de débattre autour de ces questions avec une approche prospective à long terme. A cette échéance, l’ensemble des orientations stratégiques du Maroc dans le secteur énergétique rentreraient à coup sûr dans un cycle de maturation. Ce qui en fait un cap pertinent pour les discussions et les débats prévus durant la conférence. Des intervenants représentant des acteurs de premier plan à l’échelle nationale et régionale seront présents.

Quels sont les objectifs de cette 14e édition ?
Placée sous le Haut patronage de S.M. Mohammed VI, cette 14e édition se veut une plateforme d’échanges autour de questions relatives à l’intégration régionale de la transition énergétique, avec un focus particulier sur trois éléments, à savoir la montée en puissance des ENRs et le développement du marché régional du gaz, l’intégration des ENRs dans les systèmes et les marchés électriques régionaux et l’efficacité énergétique.

Quelle est la place du Maroc dans la géostratégie régionale ?
La dynamique énergétique dans laquelle s’inscrit le Royaume, avec comme toile de fond la montée en puissance des ENRs, la mise en place d’une stratégie nationale gazière, le lancement de grands projets énergétiques régionaux, à l’instar du Gazoduc Maroc-Nigeria et les interconnexions électriques avec les pays voisins, font du Maroc un acteur majeur sur le plan géostratégique en Afrique et dans la Méditerranée. De plus, notre pays jouit d’une position stratégique, en se positionnant comme un carrefour entre l’Afrique et l’Europe. Il est donc un passage naturel pour les interconnexions énergétiques entre les deux continents.
L’expérience cumulée par le Maroc dans le secteur énergétique et son expertise dans plusieurs domaines lui permettent de jouer un rôle pivot dans la coopération internationale. Je cite à titre d’illustration l’expérience marocaine réussie dans l’électrification rurale à travers le PERG et le déploiement de plusieurs technologies de pointe dans la production électrique à partir des énergies renouvelables. En droite ligne avec la coopération Sud-Sud prônée par le Royaume, notre pays peut contribuer aux vastes chantiers d’électrification sur le continent, où presque 600 millions de personnes sont encore privées d’électricité.

A l’échelle du Maghreb, que peut tirer le Maroc d’un marché maghrébin de l’énergie ?
Dans le domaine de l’électricité, il faut rappeler que la coopération a toujours été opérationnelle. En fait, le Maroc est connecté à l’Algérie par deux lignes de 400 Kv. Les échanges se font régulièrement, que ce soit dans un cadre commercial ou bien de secours mutuel en cas d’aléas. D’ailleurs, le Comité maghrébin de l’électricité (COMELEC) est l’un des rares organes qui sont actifs au Maghreb. Nous pouvons étendre cette coopération à la création d’un marché maghrébin d’électricité, qui peut être connecté au marché européen. Concernant le gaz, le Maroc peut développer davantage son partenariat avec l’Algérie, bien que le tronçon marocain Gazoduc Maghreb-Europe (GME) deviendra propriété du Royaume en 2021, dans le sens d’une augmentation des volumes échangés et d’un meilleur rendement de cette infrastructure énergétique. D’autres pistes peuvent être explorées dans les autres domaines énergétiques.

Vous avez prévu la signature d’une convention avec le ministère des énergies à propos de l’Observatoire marocain de l’énergie. Peut-on avoir plus de détails ?
A travers ses membres, notre fédération entend acter sa volonté de contribuer à ce que cet observatoire puisse remplir pleinement sa mission de facilitation d’accès aux informations dans le secteur de l’énergie. En clair, cette convention aura pour objectif de tracer les contours de notre contribution en tant que représentant du secteur privé, au développement des travaux de cette nouvelle institution, opérationnelle depuis avril dernier.