Sodea-Sogeta : 34 000 hectares à  concéder au privé

Des appels d’offres internationaux seront lancés en septembre.
La concession portera sur une durée de 30 ans.
Les termes de références et les cahiers des charges sont en cours
de finalisation.

La restructuration de la Sodea et de la Sogeta semble se dérouler conformément au programme établi. Le premier dossier chaud de la commission ministérielle chargé de l’affaire est maintenant plié. Après de longues négociations, les banques ont en effet accepté d’abandonner la moitié de leurs créances, qui s’élèvent à 1,2 milliard de DH, soit 600 millions de DH. En contrepartie, Sodea et Sogeta se sont engagées à rembourser l’autre moitié en puisant dans les recettes de la vente des 6 619 ha situés en milieu urbain et périurbain (voir la Vie éco du 18 juillet 2003). Ces recettes serviront également à indemniser les 1 713 agents appelés à partir. Dans cette optique, la commission travaille sur la cession d’une autre partie du patrimoine foncier. Rappelons que ce dernier est évalué à 124 000 ha.
Par ailleurs, et comme prévu par le plan de restructuration, une partie de ces terres, 33 923 ha exactement, sera concédée à des opérateurs privés. Auprès du ministère de l’Agriculture, il est signalé que «les premiers appels d’offres seront lancés au courant du mois de septembre». Auparavant, il faudra que la commission finisse de rédiger les cahiers des charges définissant le partenariat avec le privé.

On craint un raz-de-marée espagnol
Même si les travaux de la commission n’en sont qu’à leur début, il semblerait que certains choix soient déjà arrêtés. C’est le cas, par exemple, de la taille des parcelles qui seront concédées au privé. Une source proche du ministère de l’Agriculture révèle que les appels d’offres porteront sur deux types de parcelles : les grandes exploitations, d’une superficie de 800 à 1200 hectares, et les petites et moyennes exploitations, de 100 à 800 hectares. La même source précise qu’«il n’y aura pas lieu de morceler ou de démembrer les terres puisque les exploitations existent et sont déjà équipées».
Ce choix ne manque pas de susciter quelques craintes dans les milieux d’affaires, particulièrement au sein de la communauté des agriculteurs. En effet, certains pensent que les opérateurs privés marocains, à même de prendre en gestion de grandes exploitations dépassant les 500 hectares, ne sont pas légion. Sachant qu’en outre, les appels d’offres seront internationaux, beaucoup s’attendent à un raz-de-marée d’exploitants espagnols et, dans une moindre mesure, français.
A ces premières craintes, le ministère de l’Agriculture tente aujourd’hui d’opposer quelques arguments. Premièrement, dans les 33 923 ha qui feront l’objet de concessions au privé, il y a beaucoup plus de petites et moyennes exploitations que de grandes, ce qui devrait donner plus de chances aux exploitants marocains. Deuxièmement, «les appels d’offres, même internationaux, imposeront aux étrangers de nouer des alliances avec des opérateurs privés marocains», explique-t-on au ministère. Par ailleurs, comme le signale un consultant membre de la commission, «les étrangers sont demandeurs de terres pour la réalisation de cultures à très forte composante technologique». Autrement dit, ils ne sont pas sur le même créneau que les agriculteurs nationaux. D’un autre côté, l’arrivée d’exploitants étrangers ne peut être, selon notre interlocuteur, que «bénéfique pour l’agriculture marocaine notamment en matière de transfert de technologies et de savoir-faire».

7 000 ha réservés aux jeunes diplômés agronomes

Concernant les modalités pratiques de l’ouverture au privé, aucun schéma n’est encore arrêté de manière définitive. Ceci étant, des sources proches du dossier indiquent qu’on se dirige vers une location de longue durée comme cela se fait dans d’autres concessions. Cette durée serait au minimum de 30 ans. Restera tout de même le problème de certaines exploitations de très petite superficie, entre 5 et 15 ha. Pour celles-là, la commission a décidé de les regrouper de manière à atteindre des tailles plus intéressantes pour le privé.
Enfin, et comme promis depuis très longtemps, les ingénieurs et techniciens lauréats des écoles d’agronomie auront, eux aussi, droit à leur lopin de terre. L’Etat a décidé de leur consacrer à titre exclusif 7 000 ha. Quant à Sodea et Sogeta qui fusionneront à terme, elles ne garderont que 40 900 ha au titre de leur future activité de développement et de service public.
En revanche, aucune information n’est encore disponible sur le sort réservé aux 35 700 ha qui seront restitués au domaine privé de l’Etat